Les quartiers huppés touchés pour la première fois par les violences

Par La rédaction

ALGER (AFP)

Les récentes émeutes en Algérie, les plus graves depuis l'ouverture politique dans ce pays en 1989, ont débordé des quartiers populaires et touché les zones huppées, selon des témoignages recueillis par l'AFP et les médias algériens.

Et les habitants et commerçants disaient samedi redouter la violence des jeunes "casseurs" qui, armés de sabres, s'attaquent aux lieux fréquentés par les couches les plus aisées de la société.

Les hauteurs algéroises d'El Biar ou les quartiers résidentiels de la banlieue ouest d'Alger présentaient le même spectacle de désolation que les secteurs plus populaires de Bab el Oued ou Belcourt: vitrines défoncées, magasins vidés, et bâtiments publics saccagés.

Dans les rues, où les services de la voirie sont intervenus rapidement pour remettre les chaussées en état, les marques noires de pneus enflammés étaient encore visibles ainsi que des pavés arrachés.

A El Biar, une bijouterie a été prise d'assaut jeudi soir par une quarantaine de jeunes gens qui l'ont dévalisée, selon les habitants du quartier.Ils étaient armés de sabres, et ont volé bijoux et diamants.

Les "casseurs", qui protestent contre le renchérissement de la vie et le manque de perspectives professionnelles dans un pays touché par le chômage, se sont attaqués à d'autres boutiques et ils ont mis à sac un restaurant, a constaté un correspondant de l'AFP.

Selon l'agence APS, des jeunes du quartier sont intervenus le lendemain vendredi pour interdire un nouvelle attaque contre un magasin de prêt-à-porter.

Ces émeutes ont incité les clients habituels des restaurants haut de gamme de ces quartiers à rester chez eux, et les propriétaires pestaient contre le manque à gagner d'un week-end de violences.

"Cela a coïncidé avec le week-end où nous faisons 50% de nos bénéfices hebdomadaires", s'énervait vendredi soir Sofiane, le propriétaire d'un restaurant dans le quartier de Draïra, dans la banlieue sud-ouest d'Alger.

De plus, se plaignait-il, "nous avons été obligés de demander à nos serveurs de se transformer en gardiens pour protéger nos biens".

A quelques distances, des policiers en civil étaient déployés pour protéger le siège du concessionnaire de véhicules chinois Gelly, alors que deux garages Renault ont été incendiés dans un autre secteur de la ville depuis mercredi.

Dans le quartier proche de Texraïne, où vivent des cadres, des jeunes manifestants ont saccagé en moins de deux heures vendredi un dispensaire et une antenne de la mairie."Ils ont tout volé", s'est plaint le gardien au correspondant de l'AFP."Même le fauteuil dentaire et les radiateurs ont disparu".

Un habitant du quartier présent a laissé exploser sa rage: "personne ne peut accepter cela.C'est nous les perdants"."Je ne crois pas que ce soient les jeunes du quartier qui ont fait cela", a-t-il ajouté."Je suis né ici et j'ai presque 50 ans et je n'ai jamais vu cela".

"Même durant les événements de 88, rien n'a bougé ici", a-t-il assuré en référence aux émeutes contre la vie chère du 5 octobre 1988, peu avant l'ouverture libérale du régime.