Libye: des opposants au régime dispersé par la force, les partisans de Kadhafi défilent

16 février 2011 à 22h24 par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

La police a dispersé par la force un sit-in contre le pouvoir à Benghazi, la deuxième ville de Libye, faisant 38 blessés, une intervention suivie de manifestations mercredi en faveur du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi dans plusieurs villes du pays. 

Ces rassemblements hostiles au pouvoir, rares en Libye, sont inspirés par les révoltes dans les pays frontaliers, la Tunisie et l'Egypte.

Amnesty International, Londres et l'Union européenne ont appelé à éviter le recours à la force, alors que des appels ont été lancés sur Facebook pour faire de jeudi une "journée de la colère" contre le régime dirigé d'une main de fer depuis 42 ans par le colonel Kadhafi.

 En soirée, un calme prudent régnait à Benghazi, bastion des opposants du régime à 1.000 km à l'est de Tripoli, selon des témoins, tandis qu'à Tripoli des petits groupes de jeunes partisans du régime continuaient à défiler en voitures dans un concert de klaxons, brandissant des photos de M. Kadhafi.

Mercredi avant l'aube, 38 personnes ont été blessées dans des affrontements à Benghazi entre manifestants et forces de l'ordre, selon une source hospitalière.

Selon une source libyenne bien informée, les autorités ont ensuite lancé une "campagne d'interpellations" dans la ville.

Les comités révolutionnaires, épine dorsale du régime, ont prévenu qu'ils ne permettraient pas à "des groupes s'activant la nuit de piller les acquis du peuple et de menacer la sécurité du citoyen et la stabilité du pays".

 La police est intervenue, selon le journal libyen Quryna, pour mettre fin à des affrontements entre des partisans de M. Kadhafi et des "saboteurs".

Les manifestants s'étaient d'abord rassemblés pour réclamer la libération d'un avocat, Fethi Tarbel, représentant des familles de prisonniers tués en 1996 dans une fusillade à la prison d'Abou Salim à Tripoli (plus de 1.000 morts).

L'avocat a été libéré après une brève détention mais les manifestants "auxquels se sont jointes des personnes munies d'armes blanches et de cocktails molotov" ont continué à marcher jusqu'au centre-ville, où "ils ont incendié et endommagé des voitures", selon Quryna.

"Benghazi réveille-toi, c'est le jour que tu attendais", "Le sang des martyrs n'est pas versé en vain", ou encore "Le peuple veut faire tomber la corruption", ont-ils scandé selon des sources concordantes.

 Des associations pro-Kadhafi ont alors organisé une marche à Benghazi, "mais une poignée de saboteurs (...) leur ont lancé des pierres", provoquant des heurts entre les deux camps, a affirmé le journal.

Des centaines de partisans du régime ont ensuite défilé à Benghazi, Syrte (est), Sebha (sud) et Tripoli, selon des images de le télévision d'Etat montrant des manifestants brandissant des drapeaux et des photos de M. Kadhafi et scandant des slogans à sa gloire.

Selon Amnesty International, les manifestants réclamaient la libération de cinq personnes ayant appelé à manifester jeudi "pour des réformes politiques".Deux d'entre elles ont depuis été libérées.

"Les Libyens ont les mêmes droits que les Egyptiens et les Tunisiens (...) et il est grand temps que le gouvernement libyen le reconnaisse", a ajouté l'ONG appelant ce dernier "à mettre fin à la répression des manifestations".

L'Union européenne a appelé Tripoli à autoriser "l'expression libre" et à éviter "toute violence", alors que Londres a appelé "toutes les parties" à "s'abstenir de recourir à la force".

Dans une pétition reçue par l'AFP, plus de 200 signataires et des organisations d'opposition libyennes basées à l'étranger ont souligné "le droit du peuple libyen d'exprimer son opinion" et appelé M. Kadhafi et sa famille à quitter le pouvoir.

A la veille de la "journée de la colère", les autorités libyennes ont libéré 110 islamistes portant à plus de 360 le nombre total des "prisonniers politiques" relâchés depuis un an.