Libye: le groupe de contact décide de la création d'un "Fonds spécial"

5 mai 2011 à 9h53 par La rédaction

ROME (AFP)

Le groupe de contact sur la Libye a décidé jeudi la création d'un "fonds spécial" pour aider financièrement le Conseil national de transition (CNT), organe politique des rebelles, a annoncé le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini, hôte de la rencontre.

Organisatrice de la deuxième réunion du groupe mis en place à Londres en mars, l'Italie accueille 22 pays participants, 6 institutions internationales dont l'UE, l'Otan et l'Organisation de la conférence islamique ainsi que 6 observateurs, dont l'Union africaine et la Banque mondiale.

A l'ordre du jour des discussions sur ce conflit qui a fait plus de 10.000 morts selon les rebelles, les moyens pour parvenir "le plus vite possible à un cessez-le-feu" et l'instauration d'un mécanisme d'aide au CNT, au moment où la crise humanitaire s'aggrave sur place.

La réunion va "examiner la façon la plus efficace de fournir une assistance financière et d'autres formes d'aide" au CNT, avait indiqué pour sa part avant la réunion la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton. "La meilleure chose à faire pour Kadhafi est de cesser sa violence brutale et de quitter le pouvoir", avait-elle lancé, en soulignant que les Etats-Unis entendent agir exclusivement dans le cadre de la résolution de l'ONU.

Franco Frattini souhaite que "de plus en plus de partenaires envisagent d'établir des relations bilatérales" avec le CNT, lui accordant ainsi leur reconnaissance.

Il avait souligné auparavant l'importance de la réunion de Rome pour passer "le plus vite possible de la phase militaire à la phase politique" de l'opération internationale en Libye."L'objectif est d'obliger le régime Kadhafi à partir", en utilisant "une combinaison d'action militaire pour protéger les civils et d'aide aux rebelles".

Pour le volet financier de l'aide, le principe est celui d'un "trust fund international (..) garanti et transparent, sous contrôle international", selon M. Frattini.

Le responsable de l'économie du CNT, Ali Tarhoni, a averti mardi que l'économie libyenne risquait l'effondrement et demandé "des lignes de crédit" de "deux à trois milliards d'euros" à la France, aux Etats-Unis et à l'Italie.

L'idée serait d'utiliser les avoirs du colonel Kadhafi et de sa famille gelés par l'ONU et l'Union européenne comme garantie pour ouvrir des lignes de crédit en faveur des rebelles.

Les insurgés entendent "fournir de l'aide médicale, des vivres, maintenir des fonctions minimales comme l'électricité, les hôpitaux", a expliqué le porte-parole du CNT Mahmoud Chamame.

Pour M. Chamame, ce mécanisme serait un nouveau jalon dans le soutien politique accordé aux rebelles par la communauté internationale.

Le Qatar, un des trois pays à avoir reconnu le CNT avec la France et l'Italie et coprésident de la rencontre de Rome, a aussi proposé d'aider les rebelles à exploiter les ressources pétrolières dans les zones qu'ils contrôlent.

La réunion de Rome ne devrait en revanche pas aborder les questions militaires qui sont du ressort de l'Otan, au moment où la situation paraît bloquée avec le pilonnage de Misrata, la troisième ville du pays, par les forces de Kadhafi. Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, qui participe à la réunion de Rome, a souhaité mercredi que le conflit "ne durera pas au-delà de quelques semaines, au plus de quelques mois".

Pour le porte-parole du CNT, "Kadhafi a beaucoup d'argent et de mercenaires mais il contrôle les mêmes zones qu'aux premières semaines du conflit.Ses jours sont comptés, c'est une question de semaines pas de mois".

Il rappelle que le CNT n'envisage pas de solution politique tant que Kadhafi restera en place."Si nous pouvions le pousser à partir on pourrait élaborer une Constitution, un Etat qui respecte le processus démocratique".