Libye: raids sur Tripoli, premiers contacts entre le régime et la rébellion

Par La rédaction

TRIPOLI (AFP) - (AFP)

Plusieurs explosions ont retenti vendredi dans la capitale libyenne au lendemain d'une visite d'un émissaire russe qui a fait état de discussions entre le régime de Mouammar Kadhafi et les rebelles libyens.

Des explosions puissantes ont secoué vendredi en début d'après-midi le centre de Tripoli, après des détonations lointaines entendues le matin, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Dans son rapport quotidien, l'Otan a indiqué avoir visé la veille deux cibles dans Tripoli et ses environs, ainsi que des véhicules militaires notamment à Brega (est) et autour de la ville rebelle de Misrata (ouest).

 Le régime a dénoncé jeudi des "raids barbares" de l'Otan, accusant l'Alliance atlantique de viser des sites civils, notamment après le bombardement d'un petit hôtel vide près du centre de Tripoli.

Le Premier ministre Baghdadi Mahmoudi a ainsi appelé à l'arrêt des raids de l'Otan, répétant que le régime était prêt à un cessez-le-feu.

Sous le feu de l'Alliance atlantique et de plus en plus isolé au niveau diplomatique, le régime s'est déclaré prêt à "s'allier avec le diable pour stopper l'agression".

 M.Mahmoudi a ainsi évoqué la possibilité d'un dialogue avec les Frères musulmans et les opposants qui étaient en exil, tout en excluant tout contact avec les anciens responsables du régime ayant rejoint la rébellion.

Le Premier ministre s'exprimait à l'issue d'entretiens avec le représentant spécial de la Russie pour l'Afrique, Mikhaïl Marguelov, en visite à Tripoli.Celui-ci a affirmé que "des contacts directs entre Benghazi (fief de la rébellion dans l'est de la Libye) et Tripoli sont déjà en cours".

 Vendredi, il précisé à Tunis que des discussions avaient eu lieu "dans plusieurs capitales européennes, en France, en Norvège, en Allemagne" et dans d'autres pays.

Mais Paris a affirmé vendredi ne pas avoir été associée ces contacts.

"S'il y a eu des contacts directs, nous n'y avons pas été associés et nous n'en sommes pas à l'origine", a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero.

Aucun des deux camps de la crise libyenne n'a admis jusqu'à présent l'existence de négociations pour résoudre le conflit, les rebelles réclamant avant toute discussion le départ du colonel Kadhafi.

 Mais Tripoli reste inflexible sur cette question: "Mouammar Kadhafi est le leader de ce pays", c'est "une ligne rouge dans tout dialogue, a répété Baghdadi Mahmoudi.

A Benghazi, le Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion, campe également sur ses positions.

"Nous ne changeons pas: Kadhafi doit partir.Quelqu'un de la rébellion qui négocierait son maintien au pouvoir aurait aussitôt un mandat d'arrêt du CNT contre lui", a indiqué à l'AFP une source proche du Conseil sous couvert de l'anonymat.

Par ailleurs, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a accusé les forces du colonel Kadhafi d'avoir érigé en "instruments de guerre" le viol et les "violences contre les femmes".

 Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adopté de son côté vendredi une résolution sur l'extension du mandat de la commission d'enquête indépendante de l'ONU sur les allégations d'atteintes aux droits de l'Homme en Libye.

La résolution "condamne" également "sans équivoque la détérioration de la situation des droits de l'Homme" en Libye depuis février.

Présidée par le juriste égyptien Cherif Bassiouni, la commission accuse notamment le régime libyen de mener des attaques systématiques contre la population et de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

Sur le terrain, les combats font toujours rage dans la région d'Al-Jabal Gharbi à l'ouest du pays, où la rébellion a conquis ces derniers jours plusieurs localités.

Selon la rébellion, de violents combats opposaient depuis la matinée les forces du régime et les insurgés autour de la ville de Nalout dans cette région montagneuse.