Madagascar: l'armée appelle au calme, privilégie la négociation

Par La rédaction

ANTANANARIVO (AFP)

L'armée malgache a appelé vendredi la population et les militaires au calme, assurant privilégier une solution négociée avec le groupe d'officiers mutins qui a lancé un appel au renversement du régime d'Andry Rajoelina, resté jusqu'à présent lettre-morte.

Dans la matinée, le gouvernement a d'abord demandé aux civils vivant dans et autour de la caserne où sont basés les dissidents, à environ 15 km en périphérie d'Antananarivo, d'évacuer les lieux vers "un endroit plus sûr", laissant croire à l'imminence d'une intervention armée.

Le chef d'état-major de l'armée, le général André Ndriarijaona, s'est peu après rendu sur place et à négocié pendant près de deux heures avec les mutins.

Dans l'après-midi, l'état-major a "lancé un appel au calme au peuple et aux militaires", jugeant la situation "très délicate".

 "Les négociations continuent juqu'à maintenant" pour que les mutins "reviennent sur leurs positions et se livrent aux autorités compétentes", selon l'état-major, pour qui "l'utilisation de la force n'est pas une solution (...)"

Les autorités militaires ont expliqué également ne pas s'être fixé de délai pour mettre fin à cette crise qui dure depuis mercredi.

Une vingtaine d'officiers avaient alors affirmé avoir "suspendu toutes les institutions" du régime de M. Rajoelina.Leur déclaration est restée jusqu'à présent sans effet, avec l'absence de soutien apparent du reste de l'armée et la poursuite des activités habituelles dans le pays.

 Condamnant "ce type d'action malheureuse", la France a recommandé au gouvernement le dialogue pour mettre fin "de manière pacifique" et "au plus vite" à ce mouvement.

Les mutins, dirigés par un ancien ministre des Forces armées, le général Noël Rakotonandrasana, actuellement sans affectation, sont basés dans une caserne à quelques centaines de mètres de l'aéroport international d'Ivato.

M. Rajoelina avait prévenu que l'Etat prendrait "ses responsabilités" face aux "velléités de troubles de certains".

"Tout est prêt pour une intervention mais on espère toujours une arrestation sans violence", a assuré de nouveau vendredi à l'AFP une source militaire malgache.

Comme les jours précédents, la situation est restée cependant normale autour de la caserne, où aucun déploiement militaire n'était visible, à l'exception d'une brève intervention d'une dizaine de gendarmes pour tenter de disperser quelques badauds.

Signe du peu de tension régnant dans la capitale, M. Rajoelina a consacré une partie de sa journée à rencontrer des équipes locales de taekwondo et de volley-Ball.Un conseil des ministres s'est également réuni, avec comme unique ordre du jour la loi des finances 2011.

L'appel à la mutinerie a été lancé le jour même d'un référendum constitutionnel organisé par le pouvoir en place et boycotté par une partie de l'opposition, le premier scrutin depuis l'éviction en mars 2009 du président élu Marc Ravalomanana et l'accession au pouvoir de M. Rajoelina, 36 ans.

En fonction du résultat et surtout du taux participation de ce scrutin, le régime de M. Rajoelina, arrivé au pouvoir avec l'aide de l'armée, pourrait se prévaloir d'une légitimité populaire.

Selon les derniers résultats provisoires de la Commission électorale (Ceni), portant sur 63% des bureaux de vote, le taux de participation s'élevait à 50,90%, et le "oui" obtient 71,57%.

Madagascar est plongée dans une crise politique majeure depuis fin 2008 et le début du mouvement de contestation populaire emmené par l'ex-maire d'Antananarivo Andry Rajoelina, qui a débouché sur le départ forcé de M. Ravalomanana, aujourd'hui en exil en Afrique du Sud.

"La portée et la réalité même d'un coup militaire (...) demeurent incertaines", a jugé l'institut International Crisis Group (ICG), s'inquiétant de "l'équilibre précaire" du pays.