Mali: des rebelles touareg reçus à Bamako, tensions dans le Nord

Par La rédaction

Bamako (AFP)

Des représentants de rebelles touareg ont été reçus dimanche à Bamako par le président, dans un contexte de tensions sécuritaires dans la région de Kidal (nord-est), où une bombe artisanale a été découverte et des agents électoraux retenus otages pendant plusieurs heures.

La délégation des rebelles touareg reçue à la résidence du président de transition Dioncounda Traoré comprend quatre membres du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et trois du Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA), selon la liste des présents obtenue par un journaliste de l'AFP sur place.

Le MNLA avait pris le contrôle de Kidal (nord-est, 1.500 km de Bamako) en février 2013, à la faveur de l'intervention de l'armée française en janvier 2013 qui avait permis de chasser ses anciens alliés jihadistes.

Les rebelles touareg ont refusé la présence de l'armée et de l'administration maliennes à Kidal jusqu'à la signature, le 18 juin à Ouagadougou, d'un accord avec le gouvernement malien ayant permis le cantonnement dans la ville de ses hommes, en parallèle avec l'arrivée début juillet de 150 soldats maliens, puis du retour de l'Administration.

L'audience avec les rebelles touareg, qui a commencé en début de soirée à la résidence du président Traoré et se poursuivait en milieu de soirée, a pris de cours de nombreux Maliens, ayant l'esprit à la campagne électorale en cours à une semaine de la présidentielle, ou inquiets en raison de la situation dans le nord du pays.

Car les préoccupations sécuritaires ne manquent pas dans cette vaste zone, incluant les régions de Kidal, Tombouctou et Gao qui furent occupées près de dix mois durant par des groupes jihadistes, pendant que le Mali traversait une profonde crise politique marquée coup d'Etat militaire en mars 2012.

Elément inquiétant: une bombe de fabrication artisanale a été découverte en plein centre-ville de Kidal dimanche matin.Des dispositions ont été prises pour désamorcer l'engin, selon une source administrative sur place.

Auparavant, samedi, cinq agents électoraux et un élu local avaient été enlevés par des hommes armés dans la localité de Tessalit, au nord de Kidal, chef-lieu de région.Tous les otages ont été libérés dimanche, et ils "se portent bien", a affirmé à l'AFP un responsable au gouvernorat de Kidal.

"C'est Baye Ag Diknane, un responsable du MNLA, qui a commandité le coup.Il est actuellement entendu par les forces internationales à Tessalit.Il est arrêté", a-t-il ajouté.

Un cortège de campagne empêché de circuler

Selon le témoignage d'un des ex-otages à une source militaire africaine à Kidal, les ravisseurs ont utilisé "un véhicule avec drapeau du MNLA".

Les rapts n'ont pas été revendiqués mais, dès samedi, deux sources administrative et ministérielle maliennes avaient accusé des membres du MNLA d'en être les auteurs.

Avant les enlèvements, la ville de Kidal avait été le théâtre de violences meurtrières entre Touareg et Noirs entre les 18 et 19 juillet.Bilan: quatre morts et plusieurs blessés, selon le gouvernement, des commerces pillés, un marché incendié, des civils réfugiés auprès des militaires.

Depuis samedi, le calme régnait dans la ville, où ont patrouillé des soldats de l'ONU et de l'armée malienne, selon des résidents.Mais l'inquiétude est montée d'un cran avec la découverte de la bombe artisanale, qui a créé un mouvement de panique, d'après des témoins.

Ces derniers développements font planer le doute sur la possibilité d'organiser la présidentielle à Kidal.Un des 28 candidats dont les dossiers ont été validés, Tiébilé Dramé, a annoncé le 17 juillet son retrait de la course en dénonçant les conditions de préparation du scrutin, particulièrement à Kidal.

Lors d'un meeting samedi à Bamako, Soumaïla Cissé, un des candidats donnés favoris, s'est dit inquiet face à "des risques de fraudes généralisées" à l'élection.

Dimanche, selon son entourage, son cortège de campagne a été contraint par des militaires de changer d'itinéraire à proximité d'un camp de l'armée à Kati, près de Bamako, où réside le chef des auteurs du putsch de mars 2012, le capitaine Amadou Sanogo.M. Cissé s'était farouchement opposé à ce coup d'Etat.

Pour de nombreux observateurs, le Mali a fait la guerre contre les jihadistes avec l'appui déterminant de la France et son opération Serval, ainsi que d'autres troupes étrangères. 

Mais, en dépit d'une "dynamique de succès militaires répétés", il n'est pas "complètement stabilisé", a reconnu le général Grégoire de Saint-Quentin, qui a dirigé l'opération Serval, dans un entretien à l'hebdomadaire français Le Journal du Dimanche.