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RDC: l'Assemblée s'empare du dossier explosif de Minembwe

19 octobre 2020 à 18h58 Par AFP
L'Assemblée nationale s'est emparée lundi du dossier explosif de Minembwe, localité des hauts plateaux dans l'Est de la République démocratique du Congo, dont le statut attise de vieilles méfiances envers le Rwanda voisin. L'Assemblée a interpellé le ministre de la Décentralisation, Azarias Ruberwa, accusé d'avoir "installé" (institué) fin septembre la commune de Minembwe et son bourgmestre, issu de la communauté des Congolais tutsi "Banyamulenge" aux lointaines origines rwandaises.Chez de nombreux Congolais, cette décision a réveillé de douloureux souvenirs de la deuxième guerre du Congo (1998-2003), quand le Rwanda de Paul Kagame ou ses milices se battaient dans l'Est du pays.A l'époque, Minembwe avait été élevée au statut de "territoire" par l'une de ces rebellions pro-rwandaise, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD).Le 8 octobre, le président Félix Tshisekedi avait annulé cette décision de donner à Minembwe le statut d'une commune à part entière. Il a annoncé la mise en place d'une commission sur le sujet.Le ministre Ruberwa s'est défendu en affirmant que c'est "le gouverneur de province qui a procédé à l'installation" de la commune et son maire.Lui-même Banyamulenge, M. Ruberwa est un ancien responsable de la rébellion RCD.M. Ruberwa s'est donné 48 heures pour répondre à toutes les interpellations parfois vives des députés.La commune de Minembwe "a été créée sur base d'un mensonge", a estimé le député Ami Amatobe, élu de Fizi, dans la région de Minembwe."Après ça sera quoi, le droit à l'autodétermination?", a lancé une autre députée, Eve Bazaiba.Des responsables politiques et des mouvements de la société civile affirment en effet redouter que Minembwe ne marque le début de la "balkanisation" de l'Est de la RDC, au profit du Rwanda."Résistons pacifiquement à la balkanisation de notre pays, au dépeuplement et à l'occupation des terres", ont exhorté lundi les évêques catholique dans une déclaration.Sur les hauts plateaux, des milices de la communauté Banyamulenge sont en conflit avec des groupes d'auto-défense d'autres communautés (Bafuliro, Babembe, Banyindu). Le conflit a fait plus de 100 morts depuis début 2019, d'après le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l'homme (BCNUDH).