Reprise des négociations entre les Soudan dans un climat tendu

Par La rédaction

ADDIS ABEBA (AFP) - (AFP)

Le Soudan du Sud et le Soudan ont engagé mardi à Addis Abeba de nouvelles discussions sur leurs nombreux différends, dont la question du partage des revenus pétroliers qui empoisonne leurs relations, a constaté l'AFP sur place.

"Je ne crois pas qu'il y ait eu aucun développement positif" depuis les précédentes négociations infructueuses tenues en janvier, toujours à Addis Abeba, siège de l'Union africaine, a déclaré à la presse le négociateur en chef pour le Soudan du Sud, Pagan Amum.

La nouvelle série de discussions porte sur le partage des revenus du pétrole, mais aussi sur la démarcation de la frontière et la définition de la nationalité, autres sujets de contentieux depuis la proclamation de l'indépendance du Soudan du Sud en juillet dernier.

Les négociations, qui doivent se poursuivre jusqu'au 16 mars, sont menées avec la médiation de l'ancien président sud-africain Thabo Mbeki.

La tension n'a cessé de monter ces derniers mois entre les ex-ennemis, qui s'accusent mutuellement d'alimenter une rébellion sur le sol de l'autre.

Le Soudan du Sud a hérité des trois-quarts de la production de brut du Soudan d'avant la sécession (soit environ 350.000 barils/jour), mais le nouvel Etat reste tributaire du Nord pour exporter ce pétrole.Et les deux parties, qui se sont livré des décennies de guerre civile avant des accords de paix en 2005, n'arrivent pas à s'entendre sur les frais de passage.

Khartoum a décidé de se payer en nature, en prélevant du pétrole, à la fureur de Juba qui a stoppé sa production en janvier.

La tension s'est encore accrue à la suite d'un bombardement la semaine dernière d'un champ pétrolier à El Nar, dans l'Etat sud-soudanais d'Unité proche de la frontière avec le Soudan, un raid attribué par Juba à Khartoum même si cette dernière dément toute implication.

"Cela nous inquiète de voir le gouvernement soudanais battre le tambour de la guerre, mobiliser (...) pour mener la guerre contre le Soudan du Sud", a déclaré Pagan Amum.

Le négociateur sud-soudanais a cependant assuré "ne pas voir pourquoi il ne pourrait pas y avoir un accord sur le pétrole", ajoutant que le gouvernement soudanais "devait accepter les normes de l'industrie (pétrolière) en la matière".

Juba se dit d'accord pour payer à Khartoum des droits de transit d'un total de 5,69 dollars par baril, alors que Khartoum réclame 36 dollars par baril.Le Soudan accuse le Soudan du Sud de faire monter les enchères, et de chercher à exporter son pétrole en évitant le Soudan, comme en témoigne un accord signé en janvier en vue de bâtir un oléoduc par le Kenya jusqu'au port de Lamu, sur l'océan indien.

L'Union africaine a appelé lundi les deux pays à "montrer le degré nécessaire de compromis et de volonté de bon voisinage, afin de mener rapidement à leur terme les négociations sur toutes les questions en suspens".