Somalie: combats acharnés à Mogadiscio, les deux camps crient victoire

Par La rédaction

MOGADISCIO (AFP)

De violents combats se poursuivaient mercredi à Mogadiscio, au troisième jour d'une vaste offensive des insurgés islamistes shebab contre les forces gouvernementales somaliennes et les troupes de l'Union africaine (Amisom) qui a coûté la vie à au moins 68 civils.

Les affrontements à l'arme automatique ont de nouveau éclaté à l'aube sur plusieurs lignes de front de la capitale, alors que des échanges de tirs d'artillerie entre les belligérants ont duré toute la nuit.

Selon des témoins, au moins six civils ont été tués en début de matinée par des obus de mortier tombés sur des habitations.Le service des ambulances de la capitale a indiqué avoir collecté 18 blessés mercredi matin s'ajoutant à une centaine de blessés.

 Les shebab, qui se réclament d'Al-Qaïda et de l'idéologie du jihad mondial, mènent depuis lundi une vaste offensive dans la capitale contre le gouvernement somalien de transition (TFG) et l'Amisom, opération baptisée "éliminer les apostats".

Au moins 68 civils ont péri en trois jours, parmi lesquels 33 personnes dont quatre parlementaires ont été tuées mardi dans une attaque-suicide des shebab contre un hôtel abritant députés et officiels du TFG.Les autres victimes ont été fauchées par des tirs de mortiers ou des balles perdues.

Un journaliste somalien, Barkhat Awale, 60 ans, directeur de Radio Hurma, a ainsi été atteint d'une balle alors qu'il installait un émetteur sur le toit de sa station, en zone gouvernementale.

Sans lien apparent avec leur offensive, les shebab ont annoncé avoir pris le contrôle mardi d'une radio indépendante, Radio IQK (ou Radio du Saint Coran), dont ils ont confisqué tous les matériels.

 Mercredi, les belligérants affirmaient avoir progressé et infligé la défaite au camp adverse mais leurs déclarations ne pouvaient être vérifiées de source indépendante.

"Les combats ont repris avec intensité ce matin et les forces du gouvernement ont avancé au-delà des positions ennemies, ils (les insurgés shebab) ont perdu beaucoup de combattants", a affirmé à l'AFP le colonel Mohamed Adan, un officier supérieur des troupes gouvernementales.

"Nos moujahidines sont passés à l'attaque ce matin vers 5H30 et ont pénétré plusieurs positions défensives du gouvernement apostat et des envahisseurs chrétiens qui les soutiennent", a affirmé de son côté un porte-parole militaire des shebab, Sheikh Abdiaziz Abu-Muscab.

 "Nous avons tué beaucoup de leurs soldats et les moujahidines contrôlent maintenant plusieurs de leurs positions", a-t-il déclaré.

"Le gouvernement apostat ne contrôle plus qu'une des quatre routes principales de Mogadiscio et, avec l'aide de Dieu, nos combattants couperont cette route aujourd'hui et ainsi les lignes d'approvisionnement de l'ennemi", a ajouté Abu-Muscab.

Le porte-parole de l'Amisom, le major ougandais Ba-Hoku Barigye, a démenti: "Nous tenons toujours nos positions.(...) Il n'y a pas de raison de s'alarmer, la situation est sous contrôle".

Les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France ont condamné ces violences.Le pape Benoît XVI a également espéré mercredi "qu'aucun effort ne sera épargné pour rétablir le respect de la vie et des droits de l'homme".

L'Ethiopie, dont les troupes avaient occupé la Somalie de 2006 à 2009, a de son côté appelé à la "destruction des shebab et de leurs combattants étrangers qui ne cessent de semer la mort et le chaos (...)".

Début août, le Premier ministre Meles Zenawi avait évoqué un possible retour des troupes éthiopiennes dans "l'hypothèse improbable" où l'Amisom aurait besoin d'être secourue.

Les shebab tiennent l'essentiel du centre-sud de la Somalie et lancent régulièrement des attaques contre le TFG et l'Amisom à Mogadiscio, qui modifient rarement le rapport de forces.

Le TFG ne contrôle que quelques quartiers, avec le soutien de 6.000 soldats ougandais et burundais de l'Amisom, déployés dans des secteurs stratégiques comme l'aéroport, le port, la présidence et d'importants carrefours.

Un des objectifs affichés des insurgés avec l'opération "Eliminer les apostats" est de couper la longue avenue menant de l'aéroport à la présidence, axe routier vital tenu par le TFG et l'Amisom.