Soudan: craintes de déplacements de population après le référendum

22 septembre 2010 à 9h29 par La rédaction

OMDURMAN (Soudan) (AFP)

"Je suis originaire du Sud, mais je suis maintenant chez moi dans le Nord": Kuer Deng, comme de nombreux Soudanais, s'inquiète des conséquences du référendum d'auto-détermination du Sud-Soudan, prévu en janvier, qui pourrait déboucher sur la partition du pays.

Vêtu d'une djellaba blanche, Kuer Deng se fond dans la masse des habitants du Nord, majoritairement musulmans, mais de larges cicatrices rituelles sur son front révèlent ses origines: le Sud.

"J'ai grandi dans le Nord car ma famille a fui la guerre civile dans le Sud", explique M. Deng, chauffeur de pousse-pousse motorisé.

Nombreux sont les Soudanais du Sud à habiter dans le Nord -- 500.000 selon un recensement de 2008 qui est contesté, au moins 1,5 million selon des ONG et le gouvernement semi-autonome du Sud.

La plupart vivent à Khartoum et à Omdurman, une grande ville de l'autre côté du Nil.Les critères déterminant quels sont ceux, parmi eux, qui pourront voter au référendum ne sont pas clairs.

L'inquiétude grandit sur le risque de violences et de déplacements, forcés ou non, d'une importante part de la population.

Le référendum au Sud-Soudan est l'un des points clés de l'accord de paix global (CPA) ayant mis fin en 2005 à deux décennies de guerre civile entre le Nord et le Sud, un conflit à l'origine de deux millions de morts.

"Je veux que le Sud devienne indépendant, mais je suis inquiet de ce qui va se passer pour les habitants originaires du Sud, car les gens d'ici risquent d'être fâchés", dit M. Deng."Serai-je autorisé à rester dans le Nord après le référendum?Si le Sud devient libre, j'ai peur que les gens se vengent (et qu'ils) nous renvoient là-bas de force".

"On peut craindre des migrations à grande échelle, soit volontaires, soit (...) forcées", estime John Ashworth, analyste auteur d'un rapport publié en septembre par le groupe de pression chrétien Pax Christi.

"Cela pourrait entraîner une situation humanitaire d'urgence, et des ONG s'y préparent".

Depuis la fin de la guerre, les tensions sont restées vives entre le Nord, majoritairement arabe et musulman, et le Sud, dont la population est noire, et principalement chrétienne ou animiste.

Les spécialistes jugent peu probable que des expulsions à grande échelle soient organisées par l'une ou l'autre partie, les gens du Nord habitant dans le Sud étant souvent d'importants commerçants, alors que les gens du Sud constituent une main d'oeuvre essentielle dans le Nord.

Mais il existe un risque de violence au quotidien contre ceux qui vivent dans la partie du pays d'où ils ne sont pas originaires.Ils "risquent d'être en proie à la violence et à la perte de leur nationalité, ce qui les rendrait apatrides", a prévenu l'ONG Refugees International dans un rapport en juin.

La question de la citoyenneté fait partie des questions en cours de négociation, mais les progrès sont lents, tout comme l'organisation du référendum, prévu en principe le 9 janvier.

Certains espèrent que le pétrole poussera les dirigeants des deux entités à adopter une attitude pacifique et pragmatique: les réserves connues du Soudan, le troisième plus gros producteur d'Afrique sub-saharienne, reposent en grande partie dans le Sud, mais tous les oléoducs transitent par le Nord.

Le ministère des Affaires humanitaires du Sud a prévu un "programme de rapatriement d'urgence" pour permettre le retour dans le Sud d'un million de personnes de façon "rapide, sûre, digne et durable".

Mais de nombreux humanitaires sont sceptiques, soulignant que la région a déjà du mal à faire vivre sa population actuelle.