Soudan du Sud: à la frontière, les réfugiés attendent qu'on leur ouvre la porte

Par La rédaction

Joda (Soudan) (AFP)

Certains sont arrivés à pied, avec leurs vêtements comme seul bien, d'autres plus chanceux ont trouvé un moyen de transport.Au bout du voyage, ces Sud-Soudanais fuyant les violences attendent de pouvoir franchir la frontière soudanaise.

Sous le soleil du poste de Joda, où la région du Haut Nil (Soudan du Sud) rejoint celle du Nil Blanc (Soudan), des centaines d'enfants en pleurs et d'adultes fatigués patientent.

Ils font partie des quelques 10.000 Sud-soudanais partis vers le Soudan, selon l'ONU, qui estime à 80.000 le nombre de personnes à avoir fui les combats entre forces gouvernementales et rebelles qui font rage au Soudan du Sud depuis plus d'un mois. 

"Nous attendons depuis quatre jours", raconte Samuel John, qui arrive de Malakal, la capitale du Haut-Nil, à 300 km au sud-ouest de la frontière.Lundi, les rebelles ont lancé un assaut pour prendre cette ville, où des témoins ont raconté avoir vu des chars.

Depuis qu'il est arrivée à Joda, M. John n'a reçu aucune aide, et n'a pas eu le droit d'entrer au Soudan."Nous sommes encore à la frontière parce que les autorités soudanaises nous ont demandé nos papiers d'identité.Mais nous n'en avons pas sur nous, parce que nous fuyons la guerre !".

Maintenant, les réfugiés veulent seulement qu'on les emmène "n'importe où au Soudan", pourtant l'un des pays les plus pauvres du monde, confronté à plusieurs mouvements de rébellion armée, en particulier le long de la frontière sud-soudanaise. 

Des responsables soudanais ont affirmé à l'AFP qu'un convoi d'aide humanitaire devait arriver vendredi à Joba et que des fonctionnaires étaient en route pour procéder à l'enregistrement des réfugiés dans la région.

Malgré l'attente à ce poste-frontière, l'agence de presse soudanaise Suna a affirmé jeudi que 3.000 réfugiés du Sud avaient rejoint les régions du Nil-Blanc et du Kordofan et que les autorités avaient ordonné qu'une aide leur soit fournie.

"Je suis partie de ma maison avant le coucher du soleil, puis j'ai passé la nuit dans la forêt", raconte une femme de 25 ans qui arrive elle aussi de Malakal et demande, comme d'autres autour d'elle, que son nom ne soit pas mentionné. 

"Il y avait des combats" là-bas poursuit cette réfugiée, expliquant qu'elle a réussi à monter dans un camion pour arriver mercredi à Joda.

Les portes restent fermées

D'autres attendent depuis plus longtemps, avec pour seul bien quelques vêtements jetés dans un sac ou enroulés dans une couverture.Certains poussent des charrettes dans lesquelles sont entassés des paillasses et quelques objets.

"Nous sommes venus parce que nous avons entendu que le président Béchir a dit aux autorités de nous ouvrir les portes", mais elles restent fermées, explique David Jiha, un autre réfugié de Malakal. 

Cependant, eux ont pu arriver jusqu'à la frontière.Mardi, l'armée sud-soudanaise a annoncé qu'au moins 200 civils étaient morts noyés dans un accident de ferry sur le Nil Blanc alors qu'ils fuyaient les violences à Malakal.

Le même jour, l'ONU annonçait qu'une personne avait été tuée et des dizaines d'autres blessées par des tirs autour de la base des Nations unies à Malakal, qui abrite 20.000 personnes protégés par un millier de soldats de l'ONU et 110 policiers.

"Nous demandons à l'ONU et aux agences internationales d'aider ces femmes et ces enfants", explique M. Jiha, près du poste-frontière, planté au milieu d'un paysage plat et poussiéreux planté de vagues arbustes.

Quelques réfugiés ont accroché des couvertures aux branches pour se protéger du soleil brûlant.Une autre a déployé un parapluie fleuri.Tous attendent.