Soudan du Sud: les Etats-Unis font pression sur les belligérants

3 mai 2014 à 14h40 par La rédaction


Addis Abeba (AFP)

Les Etats-Unis maintenaient samedi une forte pression sur les belligérants au Soudan du Sud menacé par la famine et un génocide, évoquant des sanctions américaines et onusiennes s'ils refusaient de se rencontrer pour des pourparlers de paix.

Dans un discours au siège de l'Union africaine (UA) à Addis Abeba, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a promis samedi son "engagement personnel" pour arrêter le conflit, qui dure depuis plus de quatre mois malgré un accord de cessez-le-feu signé le 23 janvier mais jamais appliqué.

"J'étais hier (vendredi) au Soudan du Sud.J'ai vu comment une nation nouvelle, une vision de l'avenir qui s'annonçait prometteuse pouvaient être remises en cause par de vieilles rancunes ayant dégénéré en violences", a déclaré le chef de la diplomatie américaine à propos de la rivalité opposant le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, à son ancien vice-président devenu chef rebelle, Riek Machar.

A Juba, M. Kerry a brandi la menace de sanctions américaines ciblées contre MM.Kiir et Machar, rendues possibles par un décret du président américain Barack Obama prévoyant saisies d'actifs et interdictions de visa, selon des sources américaines.

Après une réunion vendredi avec l'Américain, le président Kiir a accepté de rencontrer prochainement Riek Machar face-à-face, pour la première fois depuis décembre, "et il a été d'accord pour démarrer des négociations visant à former un gouvernement de transition (...).J'ai également téléphoné à l'ancien vice-président Riek Machar et je l'ai exhorté à faire pareil", a ajouté M. Kerry.

M. Machar s'est dit "ouvert à une participation" à une réunion de négociation en Ethiopie, sans confirmer un tête-à-tête avec M. Kiir, selon un diplomate américain.

- Menaces de sanctions -

Cette visite surprise de M. Kerry, qui évoque des risques de génocide et de famine, est  la plus forte initiative diplomatique concernant cette guerre civile commencée le 15 décembre, qui a fait basculer la nation la plus jeune et parmi les plus pauvres de la planète dans des atrocités perpétrées par les forces gouvernementales et rebelles: massacres ethniques, viols, recrutement par milliers d'enfants-soldats...

Dans la nuit de vendredi à samedi, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, a elle aussi exhorté MM.Kiir et Machar à se rencontrer d'urgence.

Dénonçant "de nombreuses promesses des dirigeants sud-soudanais qui n'ont pas été suivies d'effet", Mme Power a lancé devant le Conseil de sécurité: "Nous demandons instamment au président Salva Kiir et à l'ancien vice-président Riek Machar de se mettre d'accord rapidement sur une date pour leurs entretiens en tête-à-tête".

Les Etats-Unis ont été le principal artisan de l'accession du Soudan du Sud à l'indépendance en 2011, après plus de deux décennies (1983-2005) de sanglante guerre civile contre Khartoum, et l'ont soutenu à coups de milliards de dollars.

"Le Conseil doit envisager d'urgence la possibilité de mettre en place des sanctions ciblées parallèles (aux potentielles sanctions américaines) pour dissuader les attaques contre les civils", a-t-elle ajouté.

Selon des diplomates, des discussions ont commencé entre les membres permanents du Conseil de sécurité sur deux résolutions, l'une sur un régime de sanctions, et l'autre redéfinissant le mandat de la mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss).

La France s'est dite favorable à "la mise en place d'un régime de sanctions, voire à "une saisine de la Cour pénale internationale" (CPI).

La lutte de pouvoir entre Salva Kiir, qui accuse de tentative de coup d'Etat Riek Machar, et ce dernier, qui dénonce un prétexte inventé par le président pour éliminer des rivaux politiques, est exacerbée par de vieux antagonismes entre peuples dinka et nuer, dont sont respectivement issus les deux hommes.

Des milliers de personnes ont déjà péri - probablement des dizaines de milliers, mais les bilans précis manquent -, tandis qu'au moins 1,2 million de Sud-Soudanais ont dû fuir leurs foyers.

Huit bases de l'ONU abritent, dans des conditions épouvantables, plus de 78.000 civils sud-soudanais craignant d'être massacrés s'ils se risquent à sortir.

Les organisations humanitaires ont prévenu que le Soudan du Sud était au bord de la pire famine que l'Afrique ait connue depuis les années 1980.