Soudan : le chef sudiste plaide pour la paix à la veille du référendum d'indépendance

Par La rédaction

JUBA (Soudan) (AFP)

Le leader sudiste Salva Kiir a appelé samedi à la "coexistence pacifique" entre le Nord et le Sud du Soudan à la veille d'un référendum qui pourrait aboutir à la partition du plus grand pays d'Afrique, mais des violences meurtrières ont assombri les préparatifs.

"Aujourd'hui, il n'y a pas de retour à la guerre.Le référendum n'est pas la fin du parcours, mais le début d'un nouveau.Il n'y a pas d'alternative à la coexistence pacifique" entre nordistes et sudistes, a déclaré M. Kiir.

"Mes compatriotes, dans quelques heures nous serons appelés à prendre la décision la plus capitale et la plus (...) importante de notre vie.Je vous demande de faire ce choix de façon pacifique", a-t-il ajouté devant la presse à Juba, la capitale sudiste.

Les Sud-Soudanais se prononcent à partir de dimanche et pendant une semaine sur le maintien de l'unité avec le reste du Soudan ou la sécession.

La partition semble inévitable à l'issue de ce référendum prévu par l'accord de paix conclu en 2005 entre le Nord et le Sud, qui avait mis fin à une guerre civile de plus de vingt ans au cours de laquelle deux millions de personnes ont péri.

Mais à quelques heures du début d'un vote placé sous haute surveillance, des violences ont jeté une ombre sur l'excitation palpable dans le Sud-Soudan.

Au moins six rebelles ont été tués lors d'une attaque contre des soldats sudistes dans le comté de Mayom (Etat d'Unité), une zone pétrolifère limitrophe du Nord, selon l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), ex-rebelles sudistes à la tête de l'armée de la région semi-autonome du Sud-Soudan.

Selon des responsables humanitaires, des attaques se seraient produites dans d'autres comtés de l'Etat d'Unité.L'ONU a commencé à enquêter sur les violences.

 La SPLA a accusé les hommes de Gatluak Gai, un chef de milice hostile au pouvoir sudiste, d'être à l'origine des violences.Ces derniers avaient lancé au printemps dernier des attaques contre la SPLA dans cet Etat, l'un des plus sensibles du Sud.

La SPLA avait accusé Khartoum de soutenir M. Gai afin de déstabiliser le Sud-Soudan à l'approche du référendum.

Et à Abyei, région disputée située à la lisière entre Nord et Sud, des civils dont le nombre n'a pas encore été établi ont été tués par des inconnus, a indiqué son administrateur en chef, Deng Arop Kuol.

La situation reste potentiellement explosive dans cette zone en raisons des profondes divergences subsistant entre les ex-rebelles sudistes et la tribu Dinka Ngok d'un côté, et les Arabes Messiriya et le Parti du congrès national (NCP, Nord) de l'autre, sur le droit de vote des électeurs lors d'un référendum qui était aussi prévu le 9 janvier mais a été reporté sine die.

Cette région pétrolifère devait se prononcer sur son rattachement au Nord ou au Sud.

Ces heurts ravivent les craintes d'un regain de violences pendant le référendum sudiste, mais le Sud-Soudan restait en effervescence à la veille du jour J.

Vendredi soir, un grand concert pour l'indépendance a réuni des milliers de jeunes à Juba, qui vit au rythme du référendum avec ses voitures coiffées de drapeaux sudistes appelant la population à voter, la visite de politiciens occidentaux et celle de la vedette américaine George Clooney.

Les seules inconnues du vote restent la participation et le respect des normes démocratiques.Selon la loi référendaire, au moins 60% des quelque quatre millions d'électeurs doivent voter pour que le résultat soit valide.

Les autorités sudistes ont déployé 60.000 policiers à la veille du scrutin, a indiqué la commission électorale, précisant que les bulletins avaient été distribués dans tous les centres.

Khartoum s'est engagé à reconnaître le résultat de ce scrutin, mais le président soudanais Omar el-Béchir a estimé que le Sud n'avait "pas la capacité de créer un Etat ou une autorité", dans une interview à la chaîne arabe Al-Jazira.