Sud-Soudan: effervescence à la veille du référendum sur l'indépendance

Par La rédaction

JUBA (Soudan) (AFP)

Le Sud-Soudan est en effervescence samedi à la veille du jour J, le référendum d'indépendance placé sous haute surveillance pouvant mener à la partition du plus grand pays d'Afrique entre le Nord musulman et le Sud chrétien.

"Il ne reste qu'un jour avant de voter", s'impatiente Santos, un jeune sudiste rencontré la nuit dans un bar sur les rives du Nil."Ici, on peut boire de la bière, pas à Khartoum.On va dire bye-bye aux Arabes", ajoute-t-il.

Un grand concert de hip-hop pour l'indépendance a réuni des milliers de jeunes vendredi soir à Juba, la capitale sudiste qui vit au rythme référendaire avec ses voitures coiffées de drapeaux sudistes circulant pour appeler la population à voter, la visite d'hommes politiques occidentaux et celle de la vedette américaine George Clooney.

Les Sud-Soudanais doivent choisir, lors du vote s'étalant jusqu'au 15 janvier, entre le maintien de l'unité avec le Soudan ou la sécession de cette vaste région sous-développée.

La victoire de l'option indépendantiste ne fait plus aucun doute, même pour les responsables nordistes, les seules inconnues étant la participation et le respect des normes démocratiques.

Selon la loi référendaire, au moins 60% des quelque quatre millions d'électeurs doivent voter pour que le résultat soit valide.Les responsables ont exhorté la population à se rendre aux urnes dès les deux premiers jours afin d'obtenir le plus tôt possible une forte participation.

Dans les rues de Juba, des milliers de policiers étaient déployés aux abords des grandes artères et dans les quartiers populaires.Quelque 5.000 d'entre eux formés spécialement pour l'occasion avaient reçu leur diplôme début décembre.

Dans un geste de souveraineté, le chef de la région semi-autonome du Sud-Soudan, Salva Kiir, a signé vendredi 16 "lois" dans différents secteurs, selon un porte-parole.

Le pouvoir du président nordiste Omar el-Béchir à Khartoum s'est engagé à reconnaître le résultat d'"un scrutin libre et transparent", même si M. Béchir a estimé que le Sud n'avait "pas la capacité de créer un Etat ou une autorité", dans une interview vendredi soir à la chaîne Al-Jazira.

"La stabilité du Sud est très importante pour nous parce qu'une instabilité risque de se répercuter sur le Nord.S'il y a une guerre dans la maison de notre voisin, nous ne serons pas en paix", a-t-il ajouté.

Plus de 120.000 Sudistes vivant au Nord sont rentrés au Sud pour le vote, selon l'ONU, mais des centaines de milliers d'autres demeurent au Nord.M. Béchir a assuré que ceux-là conserveront leur droits fondamentaux en cas de sécession, tout en disant qu'ils seront considérés comme des étrangers.

"Puisqu'ils ont décidé, ou vont décider, que le Soudan va être divisé et qu'ils vont établir un Etat qui leur est propre au Sud, il n'y a pas de logique selon laquelle ils doivent avoir les mêmes droits et avantages au Nord", a-t-il dit.

Les observateurs internationaux du Centre Carter, de l'Union européenne, de la Ligue arabe, mais aussi locaux scrutent la consultation et devraient remettre leurs évaluations préliminaires quelques jours après le référendum.La date des premiers résultats n'a pas été annoncée.

Selon la commission référendaire, les préparatifs pour le vote sont terminés.L'échéance a été tenue malgré des retards qui avaient fait craindre un report, voire un retour à la guerre.

Le référendum est prévu par l'accord de paix conclu en 2005 entre le Nord musulman et le Sud à majorité chrétienne, qui avait mis fin à une guerre civile de plus de vingt ans dans laquelle deux millions de personnes ont péri.

Les Etats-Unis, qui mettent tout leur poids pour la réussite du référendum, aboutissement d'un processus qu'ils ont façonné, ont envoyé au Soudan le sénateur John Kerry et l'envoyé spécial de la Maison Blanche Scott Gration.