Un sérieux échec menace les pourparlers centrafricains, Bozizé arrive à Libreville

10 janvier 2013 à 15h07 par La rédaction

LIBREVILLE (AFP) - (AFP)

Un sérieux échec menaçait jeudi les cruciaux pourparlers de paix centrafricains de Libreville, en l'absence de concessions du pouvoir et des rebelles qui exigent le départ du président François Bozizé et sa traduction devant la Cour pénale internationale.

François Bozizé est arrivé jeudi après-midi à Libreville pour rejoindre d'autres présidents de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC), qui tentent de trouver une issue pacifique à la profonde crise politico-militaire déchirant l'un de ses plus pauvres Etat-membres.

M. Bozizé, très fragilisé face à la rébellion du Séléka qui, depuis le 10 décembre, a enlevé la majeure partie du pays, n'a fait aucune déclaration à son arrivée à l'aéroport.

Il a été accueilli par des sympathisants aborant des pancartes qui proclament : "La paix pour la Centrafrique".

Les présidents congolais, Denis Sassou Nguesso, médiateur dans ce conflit, et tchadien Idriss Deby sont arrivés jeudi matin, a constaté l'AFP.

Idriss Deby, président en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC) avait en 2003 aidé Bozizé à prendre le pouvoir par un coup d'Etat à Bangui.

L'Equato-Guinéen Téodoro Obiang N'Guema est également présent pour participer jeudi à un sommet de chefs d'Etat de la CEEAC.

Interrompues sans accord mercredi vers minuit, après 12 heures de discussions, les négociations ont repris jeudi matin.

Les médiateurs espèrent au moins obtenir un cessez-le-feu de la part des protagonistes afin de permettre aux populations civiles, déplacées par les combats, de regagner leurs villes et villages.

" Le cessez-le-feu est très important, il pourrait aider à calmer l'anxiété des gens qui ont vraiment peur (...).Que les forces se retirent sur des positions neutres et que les gens puissent revenir chez eux", a déclaré la Représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies en République centrafricaine, Margaret Vogt.

"C'est un objectif très modeste, ensuite on pourra parler du reste", a-t-elle ajouté.

Mais les rebelles veulent imposer leurs conditions.

"Ils acceptent l'idée d'un cessez-le-feu suspensif de sept jours sous condition que dans ce laps de temps l'intégralité des prisonniers politiques soient libérés, que les éléments sud-africains quittent le pays, que le Premier ministre soit démis et qu'un nouveau chef de l'opposition, issu de l'opposition soit nommé (...).Ca paraît impossible", a dit à l'AFP une source gabonaise aux Affaires étrangères, sous couvert d'anonymat.

Auparavant, le Seleka a clairement répété son leitmotiv : le départ de Bozizé, lequel refuse catégoriquement, estimant qu'il a "perdu une bataille mais pas la guerre".

"Il n'y a pas d'autre alternative, rien que le départ de Bozizé.L'unique mal des Centrafricains, c'est Bozizé, c'est tout", a déclaré un porte-parole de la rébellion, Florian Ndjadder.

Dans un mémorandum présenté mercredi aux participants, la coalition rebelle demandait "la reconnaissance" par François Bozizé "et son régime de leur défaite militaire et leur abdication dans l'intérêt du peuple centrafricain".Elle recommande même au chef de l'Etat de "se trouver une terre d'asile".

Le Séléka exige aussi "qu'une procédure soit engagée devant la Cour pénale internationale de la Haye contre François Bozizé".

La rébellion, étayant sa demande de rapports d'Amnesty International sur les violations des droits en Centrafrique, accuse le président de "faits de crimes de guerre et crimes contre l'humanité", en lui reprochant "arrestations, détentions et séquestrations arbitraires, enlèvements, disparitions, assassinats et exécutions sommaires".

Dans son mémorandum, le Séléka reproche de nouveau au pouvoir le non-respect de divers accords de paix signés entre le gouvernement et les rébellions, notamment l'accord de paix global de Libreville de 2008.Les débats devaient porter principalement sur la renégociation de ces accords de paix.

Les accords de Libreville comprenaient la mise en place d'un programme de "Désarmement, démobilisation, réinsertion" en faveur des anciens rebelles qui, selon eux, n'a jamais été respecté.

"Le gouvernement centrafricain ne veut rien entendre des revendications des rebelles, ces négociations vont accoucher d'une souris", estimait, pessimiste, un responsable de la CEEAC.