Violences en Guinée: Sékouba Konaté n'acceptera pas "que des Guinéens soient traqués"

24 octobre 2010 à 8h00 par La rédaction

CONAKRY (AFP)

Le président de la transition en Guinée, le général Sékouba Konaté, a averti samedi soir qu'il "n'accepterait pas que des Guinéens soient traqués à cause de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique", en condamnant les violences enregistrées "à travers le pays".

L'ex-officier putschiste nommé il y a neuf mois pour diriger la Guinée jusqu'à la première élection présidentielle libre de son histoire a solennellement affirmé à la télévision d'Etat: "La Guinée appartient à tous les Guinéens, qui doivent se sentir chez eux partout où ils auront choisi de vivre sur notre territoire, un et indivisible, comme notre destin".

"Je n'accepterai pas que des Guinéens se sentent étrangers chez eux ou soient traqués à cause de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique.L'unité de la Nation sera préservée à tout prix", a-t-il ajouté, en lisant lentement une déclaration, des militaires en armes postés derrière lui.

L'officier s'exprimait après des accrochages entre partisans des deux candidats à la présidentielle - le Malinké Alpha Condé et le Peul Cellou Dalein Diallo - mais également après une série d'agressions visant des Peuls, dont les échoppes avaient été saccagées ou incendiées, vendredi et samedi à Conakry, Kankan (est) ou Siguiri (nord-est), selon des témoins.

"L'Etat prendra toutes ses responsabilités contre tous les fauteurs de troubles, ce sera la tolérance zéro pour les délinquants et les auteurs d'actes criminels", a déclaré le général.

"Les auteurs, commanditaires ou complices des actes de violences à travers le pays (...) sont nos ennemis à tous, ils cherchent à (...) opposer les Guinéens pour prolonger une souffrance, compromettre la transition", a-t-il dit, en ajoutant: "ils sont de tous les bords".

Déplorant le report du second tour de la présidentielle annoncé vendredi, le général a appelé à "soutenir" le nouveau président de la Commission électorale, le général malien Sakia Toumani Sangaré qu'il avait nommé mardi par décret.

Il a, en revanche, accusé le gouvernement de transition dirigé par le civil Jean-Marie Doré de "n'avoir rien fait pour accélérer le processus électoral".

Sékouba Konaté, ex-ministre de la Défense de la junte qui avait pris le pouvoir fin 2008 à la mort du général Lansana Conté (1984-2008), a soutenu que l'armée devait être "félicitée" pour "son calme et sa retenue".

Le candidat Cellou Dalein Diallo avait accusé samedi les forces de l'ordre de violences, viols et arrestations arbitraires.Il avait évoqué "un déferlement de répression dans les quartiers réputés fiefs de l'UFDG" (Union des forces démocratiques de Guinée, son parti).

"Notre armée qui a retrouvé son honneur ne répondra pas à la violence et à la brutalité car consciente de ses devoirs et surtout soucieuse de rompre avec un passé sombre", a-t-il affirmé.

"Il n'est pas question d'être interpellés à nouveau par la justice nationale et internationale à cause de nouvelles exactions et d'un autre bain de sang (...)", a-t-il dit, plus d'un an après le massacre de 157 partisans de l'opposition par les forces de défense et de sécurité.