Paul Mashatile, le nouveau vice-président sud-africain en pôle position

AFRICA RADIO

19 décembre 2022 à 14h06 par AFP

Normalement, la nomination d'un vice-président en Afrique du Sud intéresse peu.Sauf que Cyril Ramaphosa, confirmé comme leader de l'ANC donc chef d'Etat, reste gêné par un scandale aux relents de corruption. 

Johannesburg (AFP)

Si cette affaire venait à le rattraper, la Constitution est très claire: son vice-président prendrait immédiatement sa place.Qui est donc Paul Mashatile, 61 ans, élu lundi à ce poste?

Calme, énigmatique, cet homme svelte, qui dépasse tous ses "camarades" d'une tête sur l'estrade du congrès de l'ANC, vient d'un des townships les plus pauvres de Johannesburg, Alexandra ou "Alex" comme on dit ici.

En dépit d'un bilan désastreux comme trésorier de l'ANC ces cinq dernières années --il était chargé d'assainir les finances d'un parti archi-fauché--, il réussit une ascension inattendue dans le paysage turbulent de la politique sud-africaine.

Le secrétaire général du parti ayant été forcé à la démission en mai 2021, son adjointe décédée peu après, Mashatile a assuré, de fait, déjà trois des six plus hauts postes du parti, lui valant le surnom de "sainte trinité" auprès des blagueurs de l'ANC.

Son influence lui permet ainsi d'accéder à l'avant-dernière marche, le poste de vice-président étant traditionnellement une rampe de lancement pour les présidents.Cyril Ramaphosa a été vice-président de son prédécesseur Jacob Zuma avant d'accéder à la tête de l'Etat en 2018, tout comme Zuma a été celui du président Thabo Mbeki juste avant.

"Je ne le vois pas devenir président tout de suite, mais peut-être au prochain tour", commente auprès de l'AFP la politologue Hlengiwe Ndlovu, reconnaissant que Paul Mashatile a avancé en "fin stratège" discret ces derniers mois. 

- Casseroles -

"Jusqu'en 2017, sa maturité politique n'était pas telle qu'il aurait pu naviguer seul comme nous l'avons vu faire ces derniers mois, développant ses propres ambitions politiques", ajoute-t-elle.

"C'est un opérateur politique rusé", confirme à l'AFP le politologue Richard Calland, estimant que Ramaphosa fait une bonne affaire en l'intégrant à son équipe.

Né en octobre 1961 près de Pretoria, Mashatile, comme beaucoup d'autres à l'ANC, s'est insurgé contre le régime raciste de l'apartheid dès le lycée. Jeune homme, il est incarcéré sans inculpation.Il restera quatre ans derrière les barreaux.

A l'avènement de la démocratie, il cumule plusieurs emplois au sein du parti avant de prendre la tête de la province du Gauteng, la plus peuplée du pays autour de Johannesburg et Pretoria.Il est nommé ministre de la Culture sous la présidence de Jacob Zuma, de 2010 à 2014, avant de devenir trésorier de l'ANC en 2017.

Il gagne en visibilité au sein de l'appareil.Et se fait rapidement le champion de la campagne de destitution de Zuma, qui ouvre la voie à Ramaphosa pour prendre la tête du parti, puis du pays.

"Il a gardé la position de soutien inconditionnel de Ramaphosa jusqu'au congrès de décembre 2022, un geste calculé, utilisé à son avantage", estime Mme Ndlovu.

Le leader à la voix douce, veuf de fraîche date, a ainsi défendu Ramaphosa, champion proclamé de la lutte contre la corruption, qui se débat depuis des mois avec une affaire de cambriolage de liasses dissimulées chez lui en 2020, qu'il est accusé de n'avoir déclaré ni à la police ni au fisc. 

Mais comme beaucoup de dirigeants de l'ANC, Mashatile traine aussi derrière lui quelques casseroles.Surnommé par certains chef de la "mafia d'Alex", son township d'origine, il a été mêlé à des accusations de détournement de fonds publics portées contre ce groupe de militants, lancés en politique dans les années 1980. 

On lui a notamment reproché d'avoir attribué des postes importants à ses amis quand il gérait les finances de la province du Gauteng, entre 2004 et 2008, avant d'en prendre la tête.