Sénégal: un ex-Premier ministre en garde à vue après des questions au chef de l'Etat

L'ancien Premier ministre sénégalais Cheikh Adjibou Soumaré a été placé jeudi en garde à vue à Dakar, après avoir demandé au président Macky Sall s'il avait participé au financement présumé d'une figure politique française, a-t-on appris auprès de son avocat.

AFRICA RADIO

9 mars 2023 à 21h21 par AFP

L'opposant Soumaré, ministre du Budget puis Premier ministre de 2007 à 2009 sous le président Abdoulaye Wade (2000-2012), a ensuite été président de la Commission de l'union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Il avait été convoqué jeudi à la police, a affirmé à l'AFP un responsable policier. M. Soumaré avait interpellé dans une lettre le président Sall sur la véracité ou non d'un don de "12 millions d'euros, soit 7,9 milliards de FCFA" à une "personnalité politique française" dont le parti se distingue "par la haine et le rejet de l'autre", sans citer de nom. Il avait également demandé au dirigeant sénégalais s'il est "dans la logique du report" de l'élection présidentielle de 2024, dans cette lettre publiée dans la presse le week-end dernier. M. Sall, élu en 2012 et réélu en 2019, reste muet sur ses intentions de passer outre ou non des objections constitutionnelles et de briguer un troisième mandat en 2024. Le gouvernement sénégalais avait démenti tout don financier en faveur de la responsable du Rassemblement national Marine Le Pen, reçue le 18 janvier par le président Macky Sall à Dakar, en la citant nommément dans un communiqué publié mardi. Il "rejette et condamne fermement de telles insinuations, lâches et sans fondement", dans ce communiqué. "On vient de nous notifier qu'il (M. Soumaré) a été placé en garde à vue" après son interrogatoire par la police "à la requête du procureur de la République", a affirmé Mame Adama Guèye, l'avocat de l'ex-Premier ministre, dans une déclaration à la presse jeudi. Des opposants au président Sall et des défenseurs des droits dénoncent un recul des libertés accru à l'approche de la présidentielle de février 2024, avec redoublement des arrestations, interdiction des manifestations, mesures coercitives contre la presse et instrumentalisation de la justice. Le gouvernement réfute toute régression et invoque une juste application de la loi dans un pays qui est volontiers présenté comme un Etat de droit.