Soudan: un nouveau manifestant anti-putsch tué

AFRICA RADIO

26 juillet 2022 à 19h51 par AFP

Un nouveau manifestant a été tué mardi alors que des centaines de personnes ont défilé au Soudan contre le putsch militaire et la résurgence des violences tribales qui ont fait plus de 100 morts en juillet, ont indiqué des médecins.

Le manifestant, qui n'a pas été identifié, a été touché "par balles réelles au visage" lors de manifestations à Omdourman, la ville jumelle de Khartoum, selon le Comité central des médecins soudanais. Sa mort porte à 116 le nombre de manifestants tués dans la répression depuis le coup d'Etat d'octobre dernier dirigé par le chef de l'armée Abdel Fattah al-Burhane, a indiqué ce syndicat prodémocratie dans un communiqué. Le principal bloc politique civil, les Forces de la liberté et du changement (FLC), avait appelé en ligne à une mobilisation massive mardi pour "la coexistence pacifique" des 45 millions de Soudanais dans une "nation unie" et entre les multiples ethnies et tribus. L'Etat du Nil Bleu, dans le Sud, a récemment été endeuillé par un conflit tribal pour la terre qui a fait une centaine de morts avant de dégénérer en violences à travers plusieurs Etats du pays, l'un des plus pauvres au monde. A Khartoum, les manifestants ont défilé sous des drapeaux soudanais chantant en coeur "il y a de la place pour tous au Soudan" et "non au tribalisme et au régionalisme" quand d'autres ont appelé les militaires "à retourner dans leurs casernes", selon un journaliste de l'AFP sur place. D'anciens ministres civils -limogés lors du coup d'Etat du général Abdel Fattah al-Burhane depuis dirigeant de facto du Soudan- ont participé aux défilés. Certains militants prodémocratie ont rejeté cette participation, accusant ces politiciens d'avoir "trahi" la "révolution" populaire en acceptant de négocier avec les militaires quand, eux, réclament une éviction pure et simple des généraux depuis la fin de la dictature d'Omar el-Béchir en 2019. Le 25 octobre, le putsch de M. Burhane a fait dérailler la transition démocratique. Depuis, les manifestants le conspuent chaque semaine et la communauté internationale a gelé son aide pourtant vitale. Selon l'ONU, un Soudanais sur trois a besoin d'aide humanitaire dans un pays où l'inflation avoisine chaque mois les 200%, la monnaie est en chute libre et le prix du pain a été multiplié par dix depuis le putsch. Les manifestations ont été ravivées le 30 juin, lorsque des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées et que neuf personnes ont été tuées, selon des médecins. Début juillet, le général Burhane a annoncé que l'armée laissait les civils seuls former un "gouvernement de personnalités compétentes". Le lendemain, les FLC dénonçaient une "tactique" pour maintenir l'influence de l'armée.