« Mon plus beau souvenir de football est très clair : la finale de la CAN 2006, Égypte–Côte d'Ivoire. J'avais huit ans. C'était la première fois que je regardais la CAN avec mon père, paix à son âme, et je ne l'avais jamais vu aussi stressé », se rappelle Donia Ismail. Journaliste de profession, elle est aussi membre d'Arabengers, un collectif féminin qui met en lumière la richesse des cultures de la région MENA, englobant le nord de l’Afrique et le Moyen-Orient.
Il organise, depuis la CAN 2023 en Côte d'Ivoire, des soirées retransmettant les matchs des équipes d'Afrique du Nord. « Je me souviens encore de l'arrêt d'Essam El-Hadary sur Didier Drogba. Mon père a pleuré, j'ai pleuré. C'est l'un des plus beaux moments de football de toute ma vie », ajoute la journaliste de 28 ans, d'origine algérienne et égyptienne.
Cette passion transmise, elle la partage désormais avec d'autres membres de la diaspora en supervisant, avec d'autres bénévoles, la bonne tenue des événements que le collectif organise. En cette soirée du mercredi 14 janvier, au Dock B, à Pantin (Seine-Saint-Denis), Donia Ismail supervise avec d'autres bénévoles du collectif, la bonne tenue de la diffusion des matchs de l'Égypte et du Maroc.
Après la défaite des Pharaons, place à la demi-finale Maroc–Nigéria, à laquelle près d'une soixantaine de personnes, la plupart vêtues de maillots rouges ou blancs ou arborant des accessoires aux couleurs du drapeau marocain, sont venues assister.
« J'avais envie de revivre l'effervescence que j'avais connue en 2000 et 2002, à l'époque où le pays était champion d'Afrique »
À une trentaine de minutes de là, à la Maison de la Conversation, située dans le XVIIIᵉ arrondissement, Marina Wilson, curatrice et DJ d'origine camerounaise, est elle aussi habitée par les moments partagés en famille et avec les proches durant la Coupe d'Afrique des Nations, en particulier l'ambiance. « Je ne suis pas la plus grande fan de football. D'ailleurs, j'ai arrêté de suivre le football le jour où Samuel Eto'o a quitté le Barça. C'est très précis », lance-t-elle en riant.
Cette ambiance, qu'elle n'a pas retrouvée à son arrivée en France, est ce qui lui a inspiré les soirées de retransmission de la compétition, qu'elle organise depuis 2019. « J'avais envie de revivre l'effervescence que j'avais connue en 2000 et 2002, à l'époque où le pays était champion d'Afrique », souligne-t-elle.
À l'image des événements des collectifs Arabengers ou Union de la Jeunesse internationale, son événement ne se limite pas à la retransmission des matchs : il a aussi pour objectif de célébrer les cultures africaines en mettant en avant les spécialités culinaires de chaque pays.
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Si du côté du Dock B, les supporters pouvaient se laisser tenter par des msemmen, ces grandes crêpes feuilletées marocaines, des keftas et des pâtisseries à déguster pendant le match ou à la mi-temps, durant le DJ set diffusant des artistes d'Afrique du Nord, chez Marina, des spécialités culinaires d'Afrique de l'Ouest comme le jus de baobab, très consommé au Sénégal, et des snacks comme les tchin-tchin, un apéritif à base de farine, de sucre, de lait ou d'eau, aromatisé à la noix de muscade, pouvaient être dégustés en regardant le match ou en déambulant, pendant la mi-temps, dans une grande pièce accueillant différents stands, dédiés aux livres et beaux-livres parlant des cultures africaines ou rendant hommage au football africain.
"Mes premières grandes images de foot, ce sont le PSG, les équipes européennes à l’Euro 1996 en Angleterre, mais aussi la CAN 1996 en Afrique du Sud..."
Ce dernier stand est tenu par Benjamin Yuka, 36 ans. Assis dans la grande salle abritant son stand ainsi qu'un autre dédié à des livres parlant de culture africaine, le regard de ce collectionneur d'articles de sport se porte sur le grand écran qui retransmet le match Sénégal–Égypte. Son équipe, la République démocratique du Congo, étant éliminée, c'est celle du Sénégal qu'il supporte. Il possède d'ailleurs une veste rétro des Lions de la Téranga.
Benjamin Yuka, collectionneur d'articles de sport
Passionné de football, il a cofondé la boutique Vieilles Rues, dédiée exclusivement à l'univers du football. Dans sa collection, qui compte environ 500 pièces, une trentaine d'entre elles (maillots du Nigéria, du Maroc, certains ballons des CAN précédentes) sont mises en vente.

La collection des ballons officiels de la CAN de Benjamin Yuka
Benjamin Yuka suit la CAN depuis les années 1990."Mes premières grandes images de foot, ce sont le PSG, les équipes européennes à l’Euro 1996 en Angleterre, mais aussi la CAN 1996 en Afrique du Sud, qui était particulière puisqu’elle a eu lieu après l’Apartheid. L’Afrique du Sud a gagné en 1996, puis il y a eu 1998 au Burkina Faso, 2000 au Ghana et au Nigeria, 2002 au Mali, etc.", raconte-t-il. À l'exception de la Coupe du monde, la CAN est, comparée aux autres compétitions continentales, celle qui traverse le plus les générations. «On voit aussi cet engouement à travers la CAN des quartiers, par exemple.»
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