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Reportage (2/2). La CAN vue par les jeunes de la diaspora : "C'est un moment de rencontre important pour les diasporas africaines"

Actus. Qu’ils soient curieux, passionnés ou néophytes, la Coupe d’Afrique des Nations est également suivie en France, notamment par les jeunes de la diaspora africaine. Moment de communion, de chambrage, la CAN est un événement à la fois populaire, culturel et politique.

Reportage (2/2). La CAN vue par les jeunes de la diaspora : "C'est un moment de rencontre important pour les diasporas africaines"
Deux supportrices brandissant les drapeaux du Nigéria et du Sénégal. - Keisha MOUGANI / Africa Radio

Au coup de sifflet final du match Sénégal-Égypte, les spectateurs venus encourager le Sénégal à la Maison de la Conversation, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, se lèvent d’un seul homme et laissent éclater leur joie en agitant leurs grands drapeaux, en se serrant dans les bras ou en se filmant. « Rendez-vous aux Champs-Élysées », s’exclame une supportrice de l’équipe du Sénégal.

« Cette année, j’ai regardé toute la compétition »

Il est 20 h, les Lions de la Téranga viennent de se qualifier pour la finale de la Coupe d’Afrique des nations. Sur la quarantaine de supporters présents, le public est ici acquis à la cause sénégalaise. Certains sont même vêtus, pour l’occasion, de leur plus beau maillot de la sélection sénégalaise et sortent le drapeau pour représenter leur pays, à l’image de ces deux amies, Irène, préparatrice en pharmacie, et Françoise, photographe, âgées de 28 et 29 ans.

Si la première est passionnée de football, la seconde un peu moins, la CAN est pour elles une compétition immanquable, surtout pour Françoise, qui a vu son intérêt pour celle-ci prendre de l’ampleur. « Depuis petite, je suivais la CAN, mais pas forcément tous les matchs. Cette année, j’ai regardé toute la compétition. »

Le déclic a été notamment la CAN 2023, en Côte d’Ivoire, qu’elle surnomme « la CAN de l’ambiance ». Son plus grand regret : ne pas eu l'occasion d'y aller pour vivre cette ambience. « Pour moi, la CAN, c’est vraiment un grand moment de rassemblement. »

« Il y avait quelques vannes sur Twitter, beaucoup de choses en digital, mais pas assez de présence physique, pas assez d’effervescence réelle. »

Un sentiment partagé par Marina Wilson, curatrice et DJ camerounaise. Depuis 2019, elle organise l’événement « La CAN à Paris », pour retrouver cette énergie collective qu’elle a toujours connue au Cameroun lorsque se déroulait la compétition, surtout en 2000 et 2002, quand les Lions indomptables étaient champions d’Afrique. La CAN ayant lieu en été à cette période, elle voit cela comme un moment propice. « Je me souviens encore de la victoire de la Côte d’Ivoire en 2012 : on était tous à la maison à regarder la finale. En 2017, quand le Cameroun gagne, c’était un peu pareil. Il y avait quelques vannes sur Twitter, beaucoup de choses en digital, mais pas assez de présence physique, pas assez d’effervescence réelle », se rappelle-t-elle.

Comme d’autres collectifs qui ont suivi (Union de la jeunesse internationale, Arabengers), elle a également décidé de profiter de la CAN pour représenter toutes les cultures africaines, à travers la musique, l’humour, etc. Entre la buvette, qui propose des apéritifs d’Afrique de l’Ouest comme les tchin-tchin, d’autres stands sont dédiés à l’histoire du football africain, avec l’exposition et la vente de ballons, maillots et accessoires rétro, ou encore de livres sur les cultures africaines, ainsi qu’aux jeux de société, comme le Ludo, « qui est extrêmement populaire et qui provoque souvent de grands débats, voire de petites guerres pseudo-diplomatiques dans les familles », dit-elle en riant.

« On accueille également des personnes qui ne sont pas d’origine africaine, des curieux, qui viennent découvrir, partager et faire la fête avec nous. »

En sept ans, elle a remarqué un engouement de plus en plus croissant pour la compétition. « En 2019, on avait du mal à trouver des lieux pour nous accueillir, parce que la pertinence de ces événements n’était pas toujours comprise. En 2022, ça a progressé. En 2024, c’était vraiment le top », analyse la curatrice, qui remarque qu’un public plus varié vient assister aux matchs. « Étant originaire du Cameroun, j’ai beaucoup d’amis qui sont venus en France pour les études ou le travail. Il y a aussi des personnes nées et ayant grandi ici, pour qui ces événements sont l’occasion d’en apprendre davantage sur la culture du pays d’origine de leurs parents, souligne-t-elle. On accueille également des personnes qui ne sont pas d’origine africaine, des curieux, qui viennent découvrir, partager et faire la fête avec nous », relate-t-elle.

Le match Sénégal-Égypte terminé, les premiers supporters du match Maroc-Nigéria commencent à arriver. Deux d’entre elles se croisent. « J’espère qu’on va gagner », lance la supportrice marocaine à celle des Super Eagles, couverte de son grand drapeau vert, blanc, vert.

Sur la soixantaine de spectateurs présents au Dock B de Pantin (Seine-Saint-Denis) pour suivre le match Maroc-Nigéria, le public, cette fois-ci majoritairement acquis à la cause du Maroc, espère aussi que l’équipe nationale accèdera à la finale.

Lorsque l’hymne national marocain retentit, les fervents supporters, pour la plupart vêtus d’un maillot rouge ou blanc, ou portant des accessoires aux couleurs du drapeau, se lèvent et placent la main sur leur cœur. Il est 21 h, le match commence. La concentration est de mise : lorsqu’un joueur progresse vers les cages adverses, des « Siiir ! Siir ! » (Allez !) se font entendre dans la salle.

« La CAN, c’est un moment de fierté. Un moment où l’on peut être pleinement soi-même, à l’aise avec son identité. »

Pendant le match, si certains s’autorisent à aller se prendre des pâtisseries, des msemmen ou des keftas au stand situé à l’étage, Walid, 24 ans, posté juste à côté, garde son regard rivé sur le grand écran. Le jeune homme, fraîchement diplômé en finances, est accompagné de son ami Rywane, 20 ans, d’origine algérienne, étudiant en informatique. « Il est sympa de m’accompagner même si l’Algérie est éliminée », déclare Walid, en riant. « J’aurais regardé le match dans tous les cas », lui répond Rywane.

Avec eux, les rivalités sportives et politiques passent à la trappe. « Honnêtement, je pense que ces polémiques se ressentent ailleurs, mais pas en France. On peut entendre certaines choses, mais dans la vraie vie, entre Marocains, Algériens ou autres, on ne ressent pas ces tensions », explique Walid. Pour ce dernier, la CAN est surtout une compétition qui rapproche et permet de faire découvrir sa culture.

« La CAN, c’est un moment de fierté. Un moment où l’on peut être pleinement soi-même, à l’aise avec son identité. C’est un moment de célébration du continent africain dans son ensemble : Africain, arabe, amazigh, subsaharien », soutient également Donia Ismail. La journaliste de 28 ans fait partie du collectif féminin Arabengers, qui organise la soirée de retransmission des demi-finales au Dock B.

"Notre joie, ici, est politique"

Bien que ce soit un moment de partage et de communion, elle n’oublie pas la dimension politique de cette compétition, qui « l’est encore plus quand on vit en France, en tant que diaspora africaine. Notre joie, ici, est politique. On l’a vue avec les interdictions de célébrer sur les Champs-Élysées », relate-t-elle, en faisant notamment référence aux deux arrêtés publiés par le préfet de police le 23 décembre et le 8 janvier. Si, pour Donia Ismail, l’engouement pour la CAN a toujours existé au sein de la diaspora, elle espère que davantage d’associations créeront ces « espaces de joie collective ».

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