Guinée: la junte autorise à nouveau Alpha Condé à quitter le pays

AFRICA RADIO

21 mai 2022 à 17h06 par AFP

L'ancien président de Guinée Alpha Condé s'est envolé samedi pour la Turquie après avoir été autorisé à aller se faire soigner à l'étranger par la junte qui l'a renversé en 2021, a-t-on appris de sources aéroportuaire, sécuritaire et politique.

Alpha Condé, 84 ans, est monté dans la matinée à l'aéroport de Conakry à bord d'un appareil à destination de la Turquie, ont dit à l'AFP un responsable de la gestion de l'aéroport, un responsable de la police et un ancien ministre proche de l'ex-chef d'Etat. Les deux premiers ont rapporté que M. Condé semblait être parti seul. Les trois sources s'exprimaient sous le couvert de l'anonymat compte tenu du caractère privé du voyage et du contexte politique tendu en Guinée. Le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), la junte qui a déchu Alpha Condé le 5 septembre 2021 après presque onze ans de présidence, a annoncé dans un communiqué lu vendredi soir à la télévision d'Etat et posté sur les réseaux sociaux avoir autorisé M. Condé à quitter le pays pour raisons médicales. La junte a invoqué "le respect de la dignité et de l'intégrité" de l'ex-chef de l'Etat ainsi que "des raisons humanitaires". Elle a parlé de départ pour des "rendez-vous médicaux" à l'étranger, sans préciser sa destination, ni la durée de son séjour en dehors de Guinée. Elle n'a rien dit non plus sur son état de santé. M. Condé a quitté le pays malgré les poursuites engagées début mai contre lui et une trentaine d'anciens hauts responsables de sa présidence pour assassinats, actes de torture et enlèvements. Les poursuites ont été ouvertes à la suite de l'action en justice d'un collectif visant la répression qui a caractérisé les dernières années de la présidence Condé et qui a fait des dizaines de morts. La junte dirigée par le colonel Mamady Doumbouya, qui s'est fait entre-temps investir président, avait retenu M. Condé au secret pendant des semaines après l'avoir chassé du pouvoir. Elle lui avait permis en janvier d'aller recevoir des soins aux Emirats arabes unis, malgré la réticence qui était prêtée aux militaires devant le risque de menées de sa part depuis l'étranger contre le pouvoir. Il était rentré le 9 avril. La junte avait annoncé le 22 avril qu'il était désormais "libre" de ses mouvements. Mais il n'a pas été vu en public depuis lors.