Kenya: un avocat conteste en justice l'autorisation de la culture d'OGM

AFRICA RADIO

14 octobre 2022 à 10h51 par AFP

Un avocat kényan a déclaré vendredi avoir saisi la justice pour contester la récente décision des autorités de lever l'interdiction sur la culture et l'importation d'organismes génétiquement modifiés pour faire face à la grave sécheresse qui sévit dans le pays.

Le gouvernement du nouveau président William Ruto a autorisé le 3 octobre l'importation et la culture d'OGM, interdites depuis 2012. "La suppression précipitée de tous les protocoles réglementaires [...] n'est ni rationnelle, ni raisonnable", écrit Me Paul Mwangi dans sa plainte déposée jeudi auprès de la Haute Cour du Kenya à Nairobi. Dans ce document, dont l'AFP a pu consulter une copie, Me Mwangi affirme que la décision des autorités est anticonstitutionnelle et il souligne les risques qu'elle fait peser selon lui sur les récoltes et la possible faillite des petits agriculteurs. L'autorisation de la culture et de l'importation d'OGM "porte atteinte aux droits des paysans [...] dans les zones rurales d'avoir accès à une nourriture produite avec des méthodes durables et écologiques", fait-il valoir. Le gouvernement a défendu sa décision, affirmant qu'elle garantirait des cultures résistantes à la sécheresse et améliorerait les rendements. Me. Mwangi, proche de l'opposant historique Raila Odinga, battu par M. Ruto à la présidentielle d'août, a déclaré à l'AFP "attendre les instructions du tribunal", notamment sur la date à laquelle l'affaire serait entendue. Le Kenya avait banni la culture d'OGM notamment pour protéger les petites exploitations agricoles, majoritaires à l'échelle du pays. Le pays, moteur économique de l'Afrique de l'Est, avait été critiqué après avoir pris cette décision, notamment par les Etats-Unis, importants producteurs d'OGM. Des activistes et des groupes de pression agricoles ont dénoncé la semaine dernière la décision des autorités, affirmant qu'elle était "précipitée" et demandant que la prohibition soit "rétablie". À la tête d'une les plus grandes fortunes du pays, M. Ruto a promis de s'attaquer à l'inflation qui frappe notamment les carburants, les produits alimentaires, les semences et les engrais. Une semaine après son arrivée au pouvoir en septembre, il avait divisé par deux le prix des engrais. Ancien ministre de l'Agriculture, M. Ruto a promis de redynamiser ce secteur, qui pèse 20% du PIB. Après quatre saisons des pluies insuffisantes de suite, le Kenya subit une sécheresse d'une intensité inédite depuis 40 ans, et la faim y touche au moins 4 millions de personnes sur une population de plus de 50 millions d'habitants.