Afrique du Sud: : dialogue de sourds à Marikana, les grévistes menacent

Par La rédaction

MARIKANA (Afrique du Sud) (AFP) - (AFP)

Le sanglant conflit de la mine de platine de Marikana (nord), qui empoisonne le climat politique et social en Afrique du Sud depuis plus d'un mois, a tourné au vinaigre mercredi, les employeurs affirmant avoir été menacés de mort par les grévistes.

"Si nous ne partons pas d'ici à 13H00 (11H00 GMT), ils viendront et incendieront le puits, mettront le feu aux voitures et nous tueront", a raconté le directeur de la mine Jan Thirion après avoir reçu dans la matinée des représentants des quelque 3.000 manifestants qui s'étaient massés devant les grilles.

"Nous voulons parler de paix, et ils veulent parler de guerre!", a-t-il déploré devant des journalistes.

A l'heure dite, les manifestants se sont toutefois retirés dans le calme, a constaté l'AFP.

Mais la tension est resté palpable toute la journée.L'évêque méthodiste de Johannesburg Paul Verryn, présent sur place, a jugé la situation à nouveau "très tendue" et "facilement susceptible d'exploser en une seconde".

Les manifestants ont aussi veillé à ce qu'aucun des 28.000 salariés du site n'aille pointer, les 4,5% de présence relevés mercredi par la direction les énervant au plus au point.

"On veut rappeler à nos collègues qui travaillent qu'ils ne sont pas supposés travailler", a indiqué un gréviste.

"Lonmin doit filer le pognon ou fermer", proclamait l'une des pancartes.

Les 3.000 foreurs de Marikana, en grève depuis le 10 août, disent toucher 4.500 rands par mois (45O euros) et en réclament 12.500.Le groupe britannique Lonmin, qui exploite la mine, affirme qu'ils gagnent déjà près de 10.000 rands (bruts) en comptant diverses allocations, auxquels s'ajoutent des primes de rendement.

Lonmin insiste sur le retour au travail avant d'engager toute discussion sur le fond, ce qu'il appelle l'"accord de paix".Il veut aussi que les mineurs abandonnent leurs armes traditionnelles.

Jan "Thirion a essayé de nous parler de l'accord de paix, nous lui avons dit que nous n'étions pas là pour l'accord de paix mais pour 12.500" rands, a lancé l'un des meneurs des grévistes, qui se fait appeler Zamalakiya.

"Nous leur avons dit que s'ils ne ferment pas les puits, nous allons les rendre ingouvernables", a-t-il ajouté, paraphrasant l'ancien président de la Ligue de jeunesse de l'ANC, l'extrémiste Julius Malema, qui souffle sur les braises en appelant à la "révolution minière", et est attendu jeudi à Marikana.

Le gouvernement a condamné dans un communiqué les "prises de positions irresponsables et incendiaires faites par certains (...) qui n'aident pas dans cette période difficile".

 Il a appelé les forces de l'ordre "à faire tout leur possible pour éviter de nouvelles pertes de vie et s'assurer que les propriétés privées et publiques sont protégées".

Une vingtaine des manifestants de Marikana exhibaient mercredi le portrait d'un des mineurs, tué lors de la fusillade de la police qui a fait 34 morts et 78 blessés le 16 août.

Ils ont expliqué avoir été choqués en apprenant sa mort alors qu'il avait quitté les lieux avec seulement une blessure à la jambe.

"Nous pensons que la police l'a achevé.Nous le considérons comme un héros comme Chris Hani", a expliqué leur représentant Xolani Mzuzu, se référant au dirigeant communiste sud-africain assassiné en 1993.

De nouveaux témoignages sont venus battre en brèche mercredi la position de la police qui avait expliqué avoir agi en état de légitime défense, alors que des échauffourées avaient déjà fait dix morts --dont deux policiers-- dans les jours précédents.

 Des mineurs arrêtés après la fusillade et libérés lundi ont raconté comment les forces de l'ordre avaient poursuivi, isolé et tué des survivants, renforçant des accusations déjà proférées ces derniers jours.

Les négociations associant la direction, des syndicats et une délégation de grévistes ont parallèlement repris à Rustenburg, à une trentaine de kilomètres de là, sous l'égide du ministère du Travail.

"Nous voulons vraiment négocier les salaires, de la bonne façon", a indiqué Lonmin dans un communiqué.

"La violence et la menace n'ont pas leur place dans les négociations.(...) Chacun d'entre nous doit condamner la violence", a ajouté l'entreprise.

Aucune information n'a filtré sur les pourparlers.