Afrique du Sud: la longue grève du platine pourrait prendre fin

12 juin 2014 à 15h52 par La rédaction


Marikana (Afrique du Sud) (AFP)

La grève paralysant depuis janvier les trois principaux producteurs mondiaux de platine, la plus longue de l'histoire minière sud-africaine, pourrait prendre fin après l'annonce jeudi par le patronat d'un accord de principe avec le syndicat radical Amcu.

Aucun détail n'a filtré sur la nouvelle échelle de salaires qui pourrait concerner les près de 80.000 mineurs du secteur en grève depuis le 23 janvier.

"Un accord de principe a été trouvé avec la direction d'Amcu concernant les salaires et conditions de travail", ont annoncé les trois entreprises concernées Anglo American Platinum (Amplats), Impala Platium (Implats) et Lonmin, respectivement numéro un, deux et trois du platine, un métal précieux utilisé dans l'automobile et en joaillerie.

Les employeurs attendent maintenant "un retour d'Amcu vendredi" pour savoir si les mineurs donnent leur feu vert pour mettre fin à 21 semaines de grève au cours de laquelle sept personnes ont péri et qui a mis à genoux toute la région de Rustenburg, près de Johannesburg.

Joint par l'AFP, le président d'Amcu Joseph Mathunwja a seulement confirmé qu'il avait entrepris de faire la tournée des puits jeudi, sans rien dire du compromis salarial soumis à sa base.

Il a commencé par les mineurs d'Impala, venus l'écouter par milliers à la mi-journée, et enchaîné avec Amplats avant de finir par un meeting chez Lonmin à Marikana près de l'endroit où 34 mineurs en grève ont été abattus par la police en août 2012.

A l'époque, les mineurs réclamaient déjà, comme ils le font depuis janvier, 12.500 rands par mois (880 rands environ) contre 5.000 rands actuellement pour les mineurs de base.

Au fil des mois, le bassin minier de Rustenburg s'est enfoncé dans la crise économique et humanitaire, les mineurs n'étant plus payés et les familles sans un sou pour manger et envoyer les enfants à l'école.

D'ultimes négociations autour d'un juge du travail et du ministère des Mines ont poussé les négociateurs ces dernières semaines à explorer tous les scénarios et toutes les reformulations possibles de l'offre patronale pour tenter de trouver une issue.

Les compagnies minières ont entre autres proposé de réintégrer l'allocation logement dans les éléments de salaire pour tenter de se rapprocher des exigences d'Amcu, selon un porte-parole d'Implats Johan Theron.

Selon lui, même si la grève prend fin maintenant, il faudra "au moins trois mois" pour que les mines reviennent à une activité normale, voire davantage.

Au final, selon le patronat, le nouveau compromis garantirait "un avenir durable des trois entreprises au bénéfice de tous leurs actionnaires tout en permettant aux employés la meilleure augmentation de salaire possible dans les circonstances financières actuelles".

Conséquences désastreuses

Pendant des mois, rien n'a permis de surmonter la détermination des syndicalistes d'Amcu, qui ont juste accepté d'étaler la hausse demandée sur quatre ans, ni celle des employeurs, qui affirment ne pas pouvoir payer 12.500 rands par mois aux mineurs les moins qualifiés.

Lundi soir, le gouvernement avait été forcé d'avouer son impuissance à dénouer la crise, qui pèse très lourd sur l'économie sud-africaine et a provoqué une contraction de l'activité nationale au premier trimestre (-0,6% comparé au quatrième trimestre 2013).

Le platine compte pour un quart du volume de la production minière sud-africaine et environ un dixième des exportations nationales. 

Jusqu'à présent, les producteur de platine ont pu continuer leurs livraisons en puisant dans leurs stocks. 

Mais cette semaine la banque centrale sud-africaine s'est inquiétée qu'on puisse arriver à épuisement des stocks, avec des conséquences potentiellement désastreuses pour la balance des comptes courants, talon d'Achille de l'économie nationale. 

Les mineurs en grève ne sont évidemment pas responsables de tous les maux de l'économie sud-africaine, également pénalisée par un approvisionnement électrique insuffisant, un chômage chronique, un climat social pourri par un coût de la vie en hausse et plus généralement, un malaise alimenté par l'incapacité du gouvernement ANC à résorber les inégalités héritées de l'apartheid.

La plupart des commentateurs économiques redoutent ainsi une nouvelle dégradation de la notation financière du pays qui pourrait être annoncée pas plus tard que vendredi soir.