Algérie: un islamologue de renom devant la justice

Par AFP

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Le procès d'un islamologue algérien de renom, Saïd Djabelkheir, poursuivi pour offense à l'islam, religion d'Etat en Algérie, s'est ouvert jeudi devant le tribunal de Sidi M'hamed à Alger, a indiqué l'un de ses avocats à l'AFP.

M. Djabelkheir, chercheur de 53 ans, est accusé par sept avocats et un autre universitaire d'"offense aux préceptes de l'islam et aux rites musulmans"."Je n'ai rien à me reprocher. J'ai tous les arguments pour me défendre", a déclaré à l'AFP avant le début du procès ce spécialiste du soufisme, un courant mystique et ésotérique de l'islam.La date du verdict n'est pas encore connue.Diplômé en sciences islamiques, auteur de deux ouvrages traitant de la religion, M. Djabelkheir considère qu'il est "accusé par des personnes qui n'ont aucune compétence en matière de religion".Selon un de ses avocats, Me Seif El Islam Cherbal, la question clé que pose ce procès est comment juger de questions religieuses pointues sans être un spécialiste en la matière.L'universitaire affirme qu'on lui reproche d'avoir rappelé que le sacrifice du mouton -- tradition musulmane -- a préexisté à l'avènement de l'islam, et critiqué certaines pratiques comme le mariage précoce des jeunes filles dans certaines sociétés musulmanes. M. Djabelkheir a recueilli le soutien de nombreux collègues et hommes politiques algériens.Sur les réseaux sociaux, les internautes sont divisés. Ses défenseurs estiment qu'il s'agit d'un débat d'idées et que le chercheur donne son avis sur des questions relevant de sa spécialité.A contrario, ses détracteurs lui reprochent d'avoir dénigré des versets du Coran et les cinq piliers de l'islam comme le "hajj", le pèlerinage à La Mecque.M. Djabelkheir estime que ses propos ont été "intentionnellement mal interprétés dans le but de (lui) nuire"."Les wahhabites (qui se réclament d'un courant rigoriste de l'islam: ndlr), les salafistes, veulent imposer aux musulmans leurs lectures des textes comme étant la vérité absolue et c'est ce que je ne cesse de contester à travers mes écrits", a expliqué à l'AFP le chercheur, qui a déjà été au centre de plusieurs controverses avec des religieux ayant une vision fondamentaliste de l'islam.Les textes religieux et leurs interprétations "ne sont pas un produit de consommation mais plutôt une matière sur laquelle il faut réfléchir et avoir un regard critique", a-t-il plaidé.La loi punit de trois à cinq ans d'emprisonnement et/ou d'une amende "quiconque offense le prophète ou dénigre le dogme ou les préceptes de l'islam, que ce soit par voie d'écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen".