Attentat à Bamako: un Tunisien, ex d'Aqmi, aurait voulu faire un coup "seul"

Par La rédaction

BAMAKO (AFP)

Le jeune Tunisien de 24 ans arrêté mercredi soir après une explosion devant l'ambassade de France à Bamako a affirmé, jeudi, aux policiers avoir voulu prouver à d'"anciens camarades" d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qu'il pouvait "frapper un grand coup tout seul".

Le ministère malien de la Sécurité avait déclaré mercredi soir qu'"un individu de nationalité étrangère" avait "fait exploser une bonbonne de gaz devant l'ambassade de France à Bamako, faisant deux blessés légers parmi les passants" maliens.Des témoins ont cependant assuré que ce n'était pas une bonbonne qui avait explosé mais "une grenade" que l'homme avait jetée.

Selon une source sécuritaire, le jeune homme avait également "tiré sur le portail" avec un pistolet automatique.

"C'est un jeune homme de nationalité tunisienne, du nom de Bachir Sinoun.Il a, à titre personnel, la haine de la France", a affirmé une source policière proche de l'enquête au correspondant de l'AFP à Bamako.

Le jeune homme, né à Tunis en 1986, a relaté qu'il avait été contacté, en 2005, par des islamistes armés, quand il se trouvait "dans une école coranique en Mauritanie".

Selon son récit, confus, il avait ensuite passé "quatre mois dans les camps d'Aqmi" dans le Sahara et avait reçu "une formation idéologique et militaire".Puis, "fâché avec les gens d'Aqmi", il était parti au Sénégal, "vendre des téléphones portables".

Enfin, il avait voulu montrer à ses "anciens camarade d'Aqmi" qu'il était "capable de frapper un grand coup tout seul"."C'est pourquoi je suis venu au Mali et j'ai choisi l'ambassade de France", a-t-il dit aux enquêteurs.

Des propos qui renforcent l'hypothèse d'un acte isolé, commis par bravade, plutôt que d'un attentat planifié par Aqmi.

Un rapprochement avait aussitôt été fait avec le premier attentat suicide commis, en août 2009, à Nouakchott, par un jeune Mauritanien près de l'ambassade de France.La branche maghrébine d'Al-Qaïda l'avait revendiqué.

 Le kamikaze de Nouakchott avait péri en faisant exploser la ceinture d'explosifs qu'il portait, blessant légèrement deux gendarmes français qui faisaient leur jogging et une passante mauritanienne.

A Bamako, l'attentat mené par Bachir Sinoun n'a pas eu de graves conséquences.Le jeune homme, apparemment très mal préparé, s'est blessé au visage et au cou pendant l'explosion.Mais il n'était pas muni d'une ceinture d'explosifs comme un kamikaze.

Son action aura en tout cas suscité l'inquiétude, Bamako n'ayant jamais été le théâtre d'un attentat pouvant être attribué à la mouvance d'Al-Qaïda.

L'attaque a eu lieu à la veille de l'ouverture du "Festival au désert", jeudi à Tombouctou (900 km au nord-est de Bamako).

"Nous serons à ce festival avec quelques milliers de personnes dont de très nombreux touristes pour montrer que les problèmes de sécurité sont maîtrisés dans le nord du Mali", avait affirmé le ministre du Tourisme, Ndiaye Bah.

Le lycée français de Bamako, fermé jeudi, a annoncé qu'il rouvrirait ses portes lundi.

"Cette attaque (...) vient rappeler la réalité des menaces qui pèsent sur les intérêts et les ressortissants français en zone sahélo-saharienne", a déclaré une porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, se refusant à commenter les faits.

Aqmi séquestre, dans le nord-est du Mali, cinq Français, un Togolais et un Malgache, enlevés en septembre à Arlit (nord du Niger), site minier du géant du secteur nucléaire français Areva.

En juillet 2010, Aqmi avait désigné la France comme cible après une opération militaire franco-mauritanienne menée contre une base de l'organisation au Mali, dont le but était de libérer un otage français.Des combattants islamistes avaient été tués, mais l'otage n'avait pas été libéré et Aqmi avait ensuite annoncé l'avoir tué.