Au Soudan, les paysans souffrent, loin de la révolution agricole voulue

Par La rédaction

WAD MADANI (Soudan) (AFP) - (AFP)

Debout au milieu d'un champ verdoyant proche du Nil, Al-Hajil se bat au quotidien pour tirer des revenus de sa ferme, malgré les grands espoirs que le gouvernement du Soudan place dans l'agriculture, sur fond de potentiel déclinant des terres fertiles.

La production agricole est désormais au centre des préoccupations du pays, dont 90% des devises fortes proviennent du pétrole et qui cherche à diversifier son économie, l'argent tiré de "l'or noir" devant fondre comme neige au soleil avec l'indépendance du Sud-Soudan prévue le 9 juillet.

Bien que les hauts responsables insistent sur la capacité de l'agriculture à atténuer l'impact de cette sécession sur l'économie, les paysans mécontents de la Gezira, le grenier du Soudan, n'attestent pas d'une quelconque révolution agricole.

"La situation dans l'agriculture est pire qu'il y a 10 ans parce que les coûts ont triplé et qu'il n'existe pas de stratégies pour améliorer la production ou aider à la commercialisation", explique Al-Hajil.

Cet agriculteur de 50 ans dit avoir vendu 12 camions de tomates cet hiver, réalisant un bénéfice net de seulement 200 livres soudanaises (45 euros).Selon lui, les bas prix saisonniers, l'envolée des coûts de production et l'absence de soutien du gouvernement sont à blâmer.

Le Soudan recherche désespérément des investissements étrangers pour redonner vie à son secteur agricole, surtout auprès des pays voisins dont l'Egypte et l'Arabie saoudite.

Le "Projet Gezira", un programme vaste mais négligé par le Soudan, est le joyau d'une activité agricole autrefois prospère, avec son labyrinthe de canaux irriguant 840.000 hectares de terres fertiles entre le Nil bleu et le Nil blanc.Il a été mis sur pied à partir de 1925 par la puissance coloniale britannique afin d'y cultiver du coton.

"Le coton, le sorgho, le blé et l'arachide sont les quatre principales cultures du Projet Gezira.Nous espérons pouvoir augmenter la production du sucre, des fruits et de la viande", a affirmé à l'AFP Osman Simsaa, directeur général du projet.

"Nous avons l'intention de cultiver de la canne à sucre sur 200.000 feddans (84.000 hectares), soit 10% de l'ensemble du Projet Gezira, et nous cherchons des investissements étrangers pour soutenir ce plan.Le système d'irrigation est en place.Le terrain et l'eau sont disponibles.Nous avons seulement besoin de capitaux", a-t-il noté.

Le directeur général du Projet Gezira admet que les rendements du secteur agricole sont "très faibles".Selon lui, la hausse des prix des produits importés en est la cause, les paysans ne pouvant pas payer en particulier les engrais dont ils ont besoin.

Pour d'autres, la stagnation du projet est le résultat de la corruption et de la mauvaise gestion des autorités.Et d'avertir de la grogne grandissante parmi les 130.000 agriculteurs employés par l'Etat.

"Il y a 10 ans, le gouvernement a commencé à vendre les terres.Tous les responsables du projet, y compris le président de son conseil d'administration Al-Sharif Omar al-Badr, ont vendu des terres à des compagnies soudanaises qui ne font rien et sont détenues par des responsables soudanais", a expliqué Majdi Salim, avocat et militant politique.

Un cheikh soufi vénéré officiant dans la Gezira va plus loin, accusant le régime de Khartoum de ruiner tout le secteur agricole et la police de maltraiter les paysans qui oseraient manifester.

"Le Soudan est un pays agricole, mais le peuple a faim car il ne peut pas cultiver ses terres.Il n'y a pas d'eau, les agriculteurs n'ont plus d'argent et le gouvernement a vendu tous les tracteurs nécessaires à la production", a affirmé cheikh Abdallah à l'AFP.

"L'islam appelle à la fraternité, l'égalité, la liberté et la justice qui sont toutes absentes aujourd'hui", conclut-il.