Bénin: deux nouveaux suspects recherchés dans le mystérieux complot contre le président

Par La rédaction

COTONOU (Bénin) (AFP) - (AFP)

La liste des accusés s'allonge dans l'affaire de la tentative d'empoisonnement du président béninois Thomas Boni Yayi alors que des membres de l'opposition commencent à émettre des doutes sur ce mystérieux complot.

Des mandats d'arrêts ont été délivrés mardi soir par un juge d'instruction contre les hommes d'affaires béninois Patrice Talon et Olivier Boko, selon le procureur de la République de Cotonou, Justin Gbenameto, joint par l'AFP mercredi.

Patrice Talon est, selon le Parquet, le cerveau d'un complot criminel incluant trois proches du président béninois visant à l'éliminer à l'aide de médicaments empoisonnés.

"M.Boko est aussi cité dans la même affaire", a ajouté le procureur de la République, mais on ignore pour l'instant quel rôle il est accusé d'avoir joué, son nom n'ayant été évoqué à aucun moment jusqu'à présent lors des déclarations publiques du parquet et de la police.

Ancien allié du président Boni Yayi, dont on dit qu'il a financé les deux dernières campagnes présidentielles, M. Talon, magnat du coton, est en bisbille avec le régime depuis quelques mois, ayant dû renoncer à un gros contrat dans le port de Cotonou ainsi qu'au monopole des intrants coton, ce qui aurait pu expliquer sa colère, selon des observateurs.

Mais ce complot peut être perçu "dans un sens comme dans l'autre", estime Wilfried Leandre Houngbedji, éditorialiste au quotidien d'Etat La Nation, "les deux hommes, amis hier, s'en veulent mutuellement, l'un reprochant à l'autre d'amasser exagérément de l'argent de l'Etat et l'autre reprochant à celui qu'il a soutenu son ingratitude".

Interrogé par l'AFP, le député Lazare Sehoueto, à la tête de la coalition de l'opposition L'Union fait la Nation, estime, lui, qu'"on invente des complots pour se débarrasser d'un certain nombre de gens gênants".

Dans un communiqué datant du 20 août, le ministre de l'Intérieur béninois Benoît Assouan Degla avait évoqué "des informations persistantes" faisant état d'un "projet de déstabilisation commandité par des hommes politiques, en relation avec des opérateurs économiques et certains circuits syndicaux".

"On savait, depuis qu'ils ont lancé ce communiqué (...) qu'une histoire allait venir et on en est là", déplore M. Sehoueto.

Les enquêteurs ont donné lundi le détail du déroulement du complot, lors d'une conférence de presse commune du Parquet et de la police, diffusée à la télévision d'Etat. 

C'est lors d'un voyage du chef de l'Etat béninois à Bruxelles en tant que président en exercice de l'Union africaine, les 16 et 17 octobre, que M. Talon aurait approché Zoubérath Kora-Séké et Ibrahim Mama Cissé, la nièce et le médecin du président, qui faisaient tous deux partie de la délégation présidentielle.

Lors d'entretiens qui se sont tenus à l'hôtel où logeait M. Talon, il leur aurait promis à chacun la somme d'un milliard de francs CFA (1,5 million d'euros) s'ils réussissaient à faire ingérer au président des médicaments mortels à la place des anti-douleurs qu'il prend habituellement.

Le docteur Cissé aurait aussi rencontré M. Talon à New York, avant l'épisode de Bruxelles, pour lui remettre la liste des médicaments qu'il avait l'habitude de prescrire à M. Boni Yayi.

Mudjaidou Soumanou, ex-ministre du Commerce et de l'Industrie, aurait quant à lui récupéré un colis contenant les pilules empoisonnées arrivé par avion à Cotonou vendredi dernier et les aurait remis au docteur.

L'existence d'un commando chargé d'exécuter le médecin et la nièce après l'assassinat du président a aussi été évoquée.

L'empoisonnement, prévu dans la nuit de samedi à dimanche, n'a finalement pas eu lieu, Mme Kora-Séké ayant ébruité l'affaire auprès de ses proches qui ont averti le président.

Les trois proches du président, arrêtés dimanche, ont été inculpés lundi soir d'association de malfaiteurs et tentative d'assassinat, et écroués à la prison civile de Cotonou.