Burundi: un "dur" du régime prend la tête du parti présidentiel

Par AFP

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Le parti au pouvoir au Burundi vient de nommer à sa tête Révérien Ndikuriyo, un représentant de l'aile dure du régime à la réputation sulfureuse, selon plusieurs observateurs contactés par l'AFP.

M. Ndikuriyo a été élu dimanche au poste de secrétaire général du Cndd-FDD, le parti présidentiel, lors d'un congrès extraordinaire qui s'est tenu à Gitega, la capitale politique.Âgé de 50 ans, l'homme est un des chefs historiques de l'ex-rébellion hutue, au pouvoir depuis 2005 au Burundi. Président du Sénat de 2015 à 2020, il remplace désormais le général Evariste Ndayishimiye, élu président du Burundi en mai et qui reste le véritable numéro un du Cndd-FDD.Sur les réseaux sociaux, ses nombreux détracteurs dénoncent depuis des années un extrémiste qui a appelé à tuer les militants d'opposition. Ses soutiens louent eux un homme intransigeant avec ceux qui perturbent l'ordre public.Le choix de M. Ndikuriyo "traduit surtout la consécration de la mainmise militaire et radicale totale sur le parti et partant le pays", analyse pour l'AFP un spécialiste burundais, sous couvert d'anonymat. "Révérien Ndikuriyo est considéré comme l'un des faucons du régime, un dur qui tient souvent des propos polémiques".Lors des violences qui ont suivi l'élection présidentielle contestée de 2015, l'ancien président du Sénat avait notamment menacé de "pulvériser les quartiers" contestataires de Bujumbura, la capitale économique du pays. Il avait au passage menacé de demander aux policiers de "travailler", un terme qui renvoie au génocide de 1994 au Rwanda voisin, où des miliciens hutu partant massacrer des Tutsi étaient encouragés à bien "travailler".En 2019, M. Ndikuriyo avait déclaré lors d'une réunion publique que, lors de la crise de 2015, il avait mis à prix la tête d'un homme pour l'équivalent de 2.450 euros parce qu'il "perturbait la sécurité".Son accession à la tête du parti "est clairement un mauvais signal, notamment en ce qui concerne le dialogue avec l'opposition et l'ouverture politique", a regretté sous couvert d'anonymat un diplomate en poste à Bujumbura.Le congrès extraordinaire qui a conduit à l'élection de M. Ndikuriyo a duré trois jours, au cours desquels les participants ont demandé à Dieu de les aider à choisir un "leader éclairé". Mais la messe était déjà dite depuis longtemps, selon un haut cadre du parti.Le nouveau secrétaire général du Cndd-FDD avait été désigné du vivant de l'ancien président Pierre Nkurunziza, "il y a plus d'une année", a expliqué à l'AFP ce haut cadre, en requérant l'anonymat.Selon lui, ce choix s'est fait au sein du cercle restreint des généraux issus de l'ex-rébellion au pouvoir, qui contrôlent d'une main de fer tous les rouages du Burundi.