Cameroun anglophone: nombreux départs à la veille de journées "villes mortes"

Par AFP

AFRICA RADIO

Des milliers de personnes ont quitté ces derniers jours les régions anglophones du Cameroun, une partie d'entre eux redoutant une escalade des violences après l'appel des séparatistes à des journées "villes mortes", selon l'ONU et des ONG.

Les séparatistes anglophones, dans un pays à majorité francophone, militent pour la création d'un Etat indépendant dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Depuis fin 2017, une partie d'entre eux ont pris les armes, commettent de graves violences et affrontent l'armée, accusée elle aussi d'exactions et de crimes par les ONG internationales et l'ONU. Le conflit a forcé plus de 530.000 personnes à fuir leur domicile depuis près de deux ans, selon l'ONU."On observe depuis quelques jours un nombre important de personnes qui ont fui les villes de Bamenda, Kumba et Buea. Ils se comptent en milliers, mais il est difficile de donner un nombre exact", a déclaré à l'AFP James Nunan, le directeur du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) dans les deux régions.La décision mardi de la justice camerounaise de condamner à la prison à vie l'un des leaders séparatistes, Julius Ayuk Tabe, a provoqué la colère de ses partisans qui ont appelé les habitants à observer à partir de lundi des journées "villes mortes" ("lockdown" en anglais)."Il est difficile de dire si ces départs ont un lien avec l'opération lockdown des séparatistes", a ajouté M. Nunan. Mais "lors des précédents lockdowns organisés par les séparatistes, nombreux sont ceux qui sont partis puis sont revenus une fois l'opération terminée", selon lui.A Bamenda, chef-lieu du Nord-Ouest, de nombreux départs ont été observés depuis vendredi, a confirmé à l'AFP Roland Ngoran, chargé de mission de l'ONG Plan international dans cette ville. "A l'approche de la rentrée scolaire, les mouvements de population sont toujours importants, mais les départs semblent toutefois plus massifs que les années précédentes", a-t-il ajouté. Selon plusieurs témoins, les files d'attente devant les agences de voyage dans cette ville s'allongent. "Je quitte Bamenda à cause du lockdown décrété par les sécessionnistes", a dit à l'AFP, Ernest Okoche Bui, devant l'une d'elle. Il veut partir "et voir ce qui va se passer avant de revenir". De nombreuses personnes ont également quitté Buea, chef-lieu du Sud-Ouest, selon le responsable d'une ONG qui a requis l'anonymat. "J'étais à l'agence de voyage. On aurait dit que tout le monde fuyait la ville", témoigne-t-il au téléphone.Parmi eux, de nombreux parents envoient leurs enfants en dehors de ces régions pour qu'ils poursuivent une scolarité "normale". Depuis le début de la crise séparatiste, plus de 4.400 écoles ont fermé dans les régions anglophones, selon l'Unicef.Le gouvernement a lancé, il y a quelques semaines, une campagne pour la reprise de l'école. Mais la condamnation de M. Ayuk Tabe à la perpétuité a renforcé la détermination d'une partie des séparatistes à remettre en place le blocus des villes.