Centrafrique: Bangui aux mains des rebelles, Bozizé introuvable

24 mars 2013 à 10h55 par La rédaction

BANGUI (AFP) - (AFP)

Les rebelles centrafricains de la coalition Séléka ont pris le contrôle dimanche de la capitale Bangui, au terme d'une offensive éclair lancée pour renverser le président François Bozizé, qui est introuvable.

"Ce qui est sûr, c'est qu'ils ont pris la ville" a déclaré une source militaire centrafricaine haute placée sous couvert de l'anonymat et refusant de faire plus de commentaires.

"Les rebelles contrôlent la ville même s'il y a encore quelques tirs à gauche et à droite", a estimé une source au sein de la Force multinationale d'Afrique centrale.

"Nous avons pris le Palais présidentiel.Bozizé n'y était pas.Maintenant, nous allons nous rendre à la radio (nationale) pour que le président du Séléka (Michel Djotodia) prenne la parole", a déclaré un des chefs militaires des insurgés, le colonel Djouma Narkoyo."Nous savions que Bozizé n'était pas là", a-t-il assuré.

Le président au pouvoir depuis dix ans n'est plus apparu en public depuis une brève visite vendredi à son allié sud-africain Jacob Zuma, à Pretoria.

Une source bien informée a indiqué à l'AFP que le président avait "quitté le territoire national en hélicoptère" sans préciser sa destination.Il suffit de traverser le fleuve Oubangui pour rejoindre Zongo, en République démocratique du Congo (RDC) voisine.Toutefois, les autorités congolaises ont nié sa présence."Le président Bozizé n'a pas demandé à venir en RDC, il n'y est pas arrivé, il n'est pas signalé" a affirmé à l'AFP M. Lambert Mendé, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.

Le responsable a précisé qu'il s'était entretenu avec le maire de Zongo.

Le Congo-Brazzaville a aussi réfuté sa présence sur le territoire."Ni moi ni le président de la République n'avons été informés de son arrivée sur le sol congolais" a affirmé en fin de matinée M. Ikouebe.

A Bangui, les rebelles sont "en train de (se) déployer dans l'ensemble de la capitale pour lancer les opérations de sécurisation et éviter les pillages", a affirmé un des porte-paroles du Séléka, Eric Massi depuis Paris.

Selon plusieurs témoins, de nombreux pillages de magasins, de restaurants mais aussi de maisons de particuliers et de voitures se produisaient dans la matinée.

Dimanche matin, le colonel Narkoyo avait averti: "la journée d'aujourd'hui sera décisive.Nos hommes sont dans Bangui, on prend nos emplacements".

L'assaut de la rébellion a commencé vers 07H30 (6h30 GMT)

"Nos éléments ont lancé l'offensive en début de matinée passant le +bouchon+ du PK10 (point kilométrique 10, à une dizaine de kilomètres du centre et du palais présidentiel) près de la base sud-africaine pour aller vers le centre-ville", a expliqué Eric Massi.

Les échanges de tirs ont été très intenses vers 08H00 (07H00 GMT) mais sont devenus plus sporadiques, a constaté un journaliste de l'AFP proche de la zone des affrontements dans le centre.

Les rebelles avaient commencé à entrer dans la capitale samedi en fin d'après-midi après avoir repris les armes la veille.

La rébellion avait lancé une première offensive le 10 décembre dans le nord du pays et avait enchaîné victoire sur victoire face aux forces gouvernementales désorganisées avant de stopper sa progression sous la pression internationale à 75 km au nord de Bangui.

Des accords de paix signés à Libreville le 11 janvier avaient débouché sur la formation d'un gouvernement d'union nationale composé du camp Bozizé, de l'opposition et de la rébellion.

Mais arguant du non respect des accords par le clan Bozizé, les rebelles ont déclenché à nouveau les hostilités vendredi et déclaré vouloir mettre en place un gouvernement de transition s'ils prenaient Bangui.

Débandade

Une femme qui s'était rendue dimanche à la messe de la cathédrale, à quelques centaines de mètres du palais présidentiel, a raconté: "On a entendu des tirs partout dans le centre ville, et c'était la débandade.Tout le monde s'est mis à courir dans tous les sens.Je me suis cachée pas loin", a-t-elle dit.

"On vient d'abattre quelqu'un.Je ne sais pas si c'était un militaire ou un civil, mais il essayait de fuir sur sa moto quand il a été tué", a poursuivi la témoin.

Dans la nuit, les rebelles avaient envoyé un communiqué dans lequel ils expriment leur "attachement à une dynamique inclusive pouvant présider à la conduite de la transition", excluant "toute entreprise de vengeance et d'exclusion".

Arrivé au pouvoir par les armes en 2003, le président Bozizé avait été élu président en 2005 et réélu en 2011 au terme d'un scrutin très critiqué par l'opposition qui avait crié à la "mascarade".

"La Centrafrique vient d'ouvrir une nouvelle page de son histoire", concluaient les rebelles avant même la chute du palais présidentiel.

Guy-Simplice Kodégué, porte-parole d'une plate-forme politique rassemblant des partis d'opposition et des associations de la société civile à Paris, a estimé dimanche que "le plus dur commençait"."Nous avons un grand travail de reconstruction nationale à faire.Nous ne voulons pas de chasse aux sorcières.On a besoin de tout le monde".

Au début de l'année, lors de la prise de contrôle de la majorité de la Centrafrique par les rebelles, le président français François Hollande avait refusé son soutien au régime Bozizé.La France, ancienne puissance coloniale, a envoyé 250 hommes à Bangui pour sécuriser l'aéroport et assurer la sécurité des 1.250 Français de Centrafrique.