Centrafrique: malgré des réserves de Moscou, l'ONU augmente les effectifs de sa force de paix

Par AFP

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Le Conseil de sécurité de l'ONU a approuvé vendredi une résolution prévoyant d'augmenter progressivement de près de 3.000 Casques bleus les effectifs de la Minusca, sa force de paix en Centrafrique, toujours sous la menace de groupes armés cherchant à renverser le pouvoir.

Rédigé par la France, le texte a été adopté par 14 membres du Conseil sur les 15, seule la Russie, active en Centrafrique, s'abstenant, selon des diplomates."Nous voulions un texte qui mentionne les principes directeurs de l'ONU pour l'assistance humanitaire", a expliqué à l'AFP l'ambassadeur russe adjoint à l'ONU, Dmitry Polyanskyi, en reprochant à des pays non identifiés de vouloir les "diluer", au risque de saper la souveraineté nationale des Etats concernés. Cela "n'est pas acceptable", a-t-il dit."La Russie continue d'être guidée par la nécessité d'une coordination étroite avec les gouvernements des pays bénéficiaires pour l'acheminement de l'aide humanitaire sur leur territoire et sa distribution", a ajouté le diplomate russe.Moscou considère par ailleurs "fermement que le secrétariat de l'ONU devrait se coordonner étroitement avec Bangui et écouter l'opinion de ses autorités sur le choix des contingents qui seront retenus pour composer les renforts de la Minusca", a indiqué Dmitry Polyanskiy. "C'est le seul moyen d'améliorer la qualité de l'interaction entre l'ONU et les autorités centrafricaines", a-t-il estimé.Dans un communiqué, l'ambassadeur français à l'ONU, Nicolas de Rivière, a assuré que "cette résolution donne à la Minusca les moyens de continuer à remplir son mandat pour protéger les civils et faciliter l'accès humanitaire"."Derrière ce chiffre de 3.690 personnels, le Conseil de sécurité valide un plan pour améliorer les capacités de la Minusca, à travers notamment la fourniture de matériels spécifiques tels que des hélicoptères", a-t-il précisé.La résolution prévoit une augmentation de 2.750 hommes du plafond autorisé pour le déploiement des militaires, et de 940 pour celui concernant les policiers.- "Future détérioration" ? -Cette augmentation rare de la taille d'une mission de paix porte les effectifs autorisés à 14.400 militaires et 3.020 policiers. La mission Minusca figurait déjà parmi les opérations les plus importantes de l'ONU dans le monde, avec un budget annuel avoisinant le milliard de dollars.Ces renforts avaient été demandés par la Centrafrique, la Minusca et le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. Fin 2020 et jusqu'à début 2021, les Casques bleus avaient dû faire face à une offensive de groupes armés voulant renverser les autorités établies à Bangui. Des militaires rwandais et russes, envoyés en Centrafrique fin 2020 dans un cadre bilatéral, leur avaient prêté main-forte.La résolution souligne que les renforts de Casques bleus accordés "ont pour objectif de renforcer la capacité de la Minusca à accomplir ses priorités", à savoir la protection des civils, et faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire.Ils ont aussi pour but d'aider la Mission "à éviter (et s'opposer le cas échéant) une future détérioration de la situation sécuritaire, tout en créant un espace pour faire progresser le processus politique", précise le texte.La décision de l'ONU intervient deux jours avant la tenue, dimanche, d'un deuxième tour d'élections législatives en Centrafrique.Mi-décembre, 6 des 14 groupes armés qui occupaient deux tiers du pays depuis le début de la guerre civile en 2013, avaient lancé une offensive contre le régime du président Faustin Archange Touadéra, réélu fin décembre.Lors du 1er tour des législatives et de la présidentielle de fin décembre, seul un électeur sur trois avait pu voter.Alors que la pression monte en Centrafrique pour en finir avec l'embargo sur les armes expirant cet été, la résolution se borne à "noter la demande des autorités centrafricaines pour (sa) levée".Dans sa résolution, le Conseil de sécurité leur rappelle "la nécessité d'assurer une protection, un contrôle, une gestion, une traçabilité et une responsabilité des armes, munitions et équipements militaires" qui leur seraient transférés.