Côte d'Ivoire: le camp Ouattara demande l'usage de la force contre Gbagbo

22 décembre 2010 à 16h57 par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

Guillaume Soro, Premier ministre de l'un des deux présidents ivoiriens proclamés Alassane Ouattara, a demandé mercredi à la communauté internationale de faire usage de la force pour déloger du pouvoir son rival Laurent Gbagbo qui vient de réaffirmer qu'il est le "président". 

"Après toute la pression internationale et les sanctions qui n'ont pas produit d'effet sur M. Gbagbo, il est évident qu'il n'y a qu'une solution qui reste, celle de la force", a déclaré Soro à une chaîne de télévision française.

"Je demande au Conseil de sécurité des Nations unies, à l'Union européenne, à l'Union africaine et à la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) d'envisager la force", a-t-il ajouté.

Cet appel à la force est intervenu peu après une recommandation de la France à ses ressortissants de quitter "provisoirement" la Côte d'Ivoire, également faite par l'Allemagne et la Suède.

"Tous les ingrédients d'une guerre civile sont réunis et c'est peut-être ce qui a inspiré la décision de Paris" de rappeler ses ressortissants, selon Soro.

"Nous sommes face à une folie meurtrière et il n'est pas exclu que ce régime qui se sent aux abois, désavoué (...) devienne de plus en plus violent et suive la voie suicidaire", a-t-il estimé.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait également mis mardi en garde contre "les risques réels de guerre civile".

Les pressions politiques, sanctions et menaces, n'ont jusqu'à ce jour eu apparemment aucun effet sur Laurent Gbagbo qui dans un discours mardi, n'a laissé planer aucun doute: "je suis le président de la République".

Il a proposé un "comité d'évaluation" en vue d'un "règlement pacifique" de la crise qui, selon l'ONU a fait au moins 50 morts en mois d'une semaine.

Ce comité serait dirigé par un Africain et comprendrait des représentants de la communauté internationale, y compris l'UE et les Etats-Unis qui lui ont imposé des sanctions ciblées ainsi qu'à son entourage.

L'UE considère cette "main tendue" comme un "faux message d'apaisement" par lequel il cherche avant tout à diviser les Africains, selon un diplomate européen de haut rang.

Le camp Ouattara a également rejeté les propositions de Gbagbo, l'accusant de "défier" le monde et le président de la Banque Mondiale (BM), l'américain Robert Zoellick, a annoncé depuis Paris que son institution gelait les financements de la Côte d'Ivoire.

L'impasse restait totale, mais les habitants de la capitale économique Abidjan semblaient vouloir l'ignorer à l'approche de Noël et n'avaient pas répondu mercredi à l'appel à la "désobéissance" au gouvernement Gbagbo lancé la veille par le camp Ouattara.

Après bientôt un mois d'une crise qui a fait ces derniers jours au moins 50 morts selon l'ONU, des embouteillages monstres asphyxiaient Abidjan.Les rues grouillaient de monde.

En signe de détente avant les fêtes, l'armée loyale à Gbagbo avait levé mardi soir le couvre-feu en vigueur depuis la veille de la présidentielle controversée du 28 novembre.

Si Gbagbo a bien "tendu la main" à son rival, il le considère toujours comme son opposant, rien de plus.Il l'a exhorté, avec Soro, également chef de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN), à quitter l'hôtel d'Abidjan qui leur sert de quartier général et à "regagner leurs domiciles".

Protégé par les FN et les Casques bleus de la mission de l'ONU en Côte d'Ivoire (Onuci), l'hôtel est soumis à un blocus des forces fidèles à Gbagbo depuis plusieurs jours, ce qui inquiète l'Onu.Les barrages n'étaient pas levés mercredi.

Gbagbo a redit que, par la "voie diplomatique", il comptait obtenir le départ de l'Onuci et des soldats français de l'opération Licorne, accusés de soutenir militairement les FN qui tiennent le nord du pays depuis 2002.

Des centaines de personnes ont manifesté à Bouaké (centre), fief des FN, en faveur du maintien de l'ONU en Côte d'Ivoire, tandis qu'à Abidjan, une centaine de femmes ont manifesté elles contre les "les enlèvements nocturnes" commis selon elles par des hommes armés fidèles à Gbagbo.