Côte d'Ivoire: Ouattara promet de "pacifier" le pays d'ici un à deux mois

14 avril 2011 à 8h24 par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

  Le président ivoirien Alassane Ouattara auquel viennent de se rallier les principaux chefs des forces de sécurité jusque là restées fidèles à son rival Laurent Gbagbo, s'est donné "un à deux mois" pour "pacifier" le pays, en proie aux pillages et aux violences.

La Côte d'Ivoire est encore un pays "dangereux" en dépit de l'arrestation de l'ancien président Laurent Gbagbo lundi et les Ivoiriens "extrêmement traumatisés" ont besoin d'une vaste opération humanitaire, ont affirmé des hauts responsables de l'ONU.

"Il y a toujours des combats et des pillages.C'est encore dangereux", a déclaré Alain Le Roy, responsable des opérations de maintien de la paix à l'ONU, en marge d'une réunion à New York du Conseil de sécurité sur la Côte d'Ivoire.

Les stocks alimentaires du Programme alimentaire mondial (PAM) à Abidjan, soit 3.000 tonnes de nourriture, ont été entièrement dérobés ces derniers jours par une "bande armée", conduisant à un arrêt des distributions de nourriture sur place.

 "Les gens des deux camps sont armés.Voici pourquoi il est important que nous puissions continuer les patrouilles (des forces de l'ONU, Onuci)", a poursuivi M. Le Roy."Nous avons demandé à la police de M. Ouattara et aux gendarmes de patrouiller autant que possible".

Dans une déclaration, le Conseil de sécurité a encouragé le président Ouattara à former un gouvernement "avec une large assise".

"Les membres du Conseil de sécurité exhortent tous les Ivoiriens à s'abstenir de toute mesure de représailles, de vengeance et de provocation, à exercer la plus grande retenue et à travailler ensemble pour promouvoir la réconciliation nationale et rétablir une paix durable par le dialogue et la consultation", ajoute la déclaration.

Depuis l'arrestation de Laurent Gbagbo, le ralliement des principaux chefs des forces de sécurité au nouveau président s'est accéléré, les derniers en date, mercredi, étant le chef d'une unité d'élite, le général Georges Guiai Bi Poin, et le général commandant les forces aériennes.

Le général Guiai Bi Poin dirigeait le Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos), créé par Laurent Gbagbo et regroupant des soldats, des gendarmes et des policiers, pour le district d'Abidjan.Particulièrement redouté, le Cecos constituait l'un des piliers de l'appareil sécuritaire du régime Gbagbo.

 Le chef des armées, le général Philippe Mangou, ceux de la gendarmerie, de la police et de la Marine, avaient fait allégeance au nouveau président mardi.

Jusque là, ces haut-gradés étaient restés loyaux à M. Gbagbo, lors des quatre mois de crise née de la contestation des résultats de l'élection présidentielle, qui a failli faire basculer le pays dans la guerre civile.

A Abidjan et dans l'intérieur du pays, la situation humanitaire reste très critique, notamment dans l'Ouest où les combattants des deux camps ont été accusés d'exactions par l'ONU et des ONG.Les violences post-électorales ont fait près de 900 morts selon l'ONU, dont la moitié à Abidjan.

 Alassane Ouattara a annoncé mercredi lors d'une conférence de presse qu'il allait "demander au procureur de la Cour pénale internationale (CPI) d'engager des investigations" sur les massacres survenus dans l'Ouest.

"Ces massacres sont inadmissibles, indignes (...), je suis révolté", a-t-il affirmé avec émotion, alors que ses partisans sont accusés d'être responsables de certaines tueries, survenues notamment fin mars à l'occasion de l'offensive victorieuse de ses combattants.

M. Ouattara qui devrait s'installer "dans les tous prochains jours" au palais présidentiel, après avoir été contraint pendant quatre mois de demeurer au Golf Hotel d'Abidjan, a promis la "pacification totale" du pays d'ici "un à deux mois", assurant que ses propres éléments seraient radiés immédiatement en cas de pillages, une activité largement répandue dans leurs rangs ces derniers jours.

 Il a annoncé également que l'ancien président avait été transféré mercredi dans le nord du pays."A l'heure où je vous parle, M. Laurent Gbagbo n'est plus à l'hôtel du Golf, il est en Côte d'Ivoire, bien sécurisé", a déclaré M. Ouattara.

Washington a jugé que Laurent Gbagbo devait rendre compte de ses actes dans le cadre d'un processus judiciaire "transparent".

Le président du Sénégal Abdoulaye Wade a qualifié la chute de l'ex-chef d'Etat de "très bonne chose" pour l'Afrique."A l'avenir, aucun chef d'Etat africain ne pourra plus s'aviser de refuser le verdict des urnes", a-t-il jugé.

Le Premier ministre kényan Raila Odinga, qui avait fait office de médiateur dans la crise ivoirienne, a préconisé d'amnistier l'ex-président en vue d'apaiser les tensions, observant qu'il était arrivé en tête du 1er tour de la présidentielle et avait obtenu 46% des suffrages au second tour, le 28 novembre 2010.

A Paris, une fille de Laurent Gbagbo a saisi des avocats français pour étudier la "légalité" de l'arrestation de ses parents ainsi que celle de l'intervention militaire française.