Dans le ciel libyen, les Awacs de la coalition veillent au grain

24 mars 2011 à 9h06 par La rédaction

A BORD D'UN AWACS DE L'OPERATION HARMATTAN (AFP)

"No activity around Misrata" : des avions-radars Awacs français veillent chaque jour au respect de la zone d'interdiction aérienne mise en place par l'ONU dans le nord de la Libye pour protéger les populations civiles. 

Deux Rafale tricolores de la coalition internationales viennent de patrouiller aux alentours de cette ville côtière libyenne et rendent compte : il n'y a pas d'activité suspecte à y signaler à cet instant.

A 11.000 mètres d'altitude, la douzaine de contrôleurs et d'opérateurs embarqués à bord de l'avion-radar supervisent l'ensemble de la zone d'opérations, en liaison permanente avec le Centre national des opérations aériennes (CNOA) de Lyon et les alliés de la coalition.

Durant la douzaine d'heures que durera la mission, ils ne verront pas le bleu du ciel : hormis la cabine de pilotage, l'avion bourré d'appareils électroniques n'a pas de hublot.

Egalement utilisés en Libye par l'Otan et la Grande-Bretagne, les Awacs, appareils dérivés du Boeing 707 et surmontés d'un radar de 9 m de diamètre surnommé le "smartie's", jouent un rôle crucial pour l'application de la résolution 1973.

"Ils sont un maillon essentiel pour faire respecter une +no-fly zone+ (zone d'interdiction aérienne).Ils peuvent détecter tout mouvement aérien, toute violation", souligne le lieutenant-colonel Vincent Dabadie, commandant l'Escadron français de détection et contrôle aéroportés qui rassemble les quatre Awacs français à la base aérienne d'Avord, près de Bourges.

Outre leur rôle de détection et d'identification, ils assurent aussi la bonne coordination des vols alliés, des F-15 et F-16 américains et danois aux F-18 espagnols et canadiens en passant par les Tornados britanniques.Soit quelque 70 mouvements au total pour la mission de cet Awacs français mercredi.

"Il faut avoir une bonne division d'attention (être capable d'être concentré sur plusieurs choses à la fois, ndlr) et savoir calmer le jeu", reconnaît le commandant Emmanuel Singaraud, chef de mission, au cours de son unique pause.

Calmer le jeu ? "Oui, se dire quand c'est possible : on a quelques secondes pour réagir, réfléchissons", explique-t-il, en rappelant qu'en quelques secondes un chasseur parcourt une distance considérable.

Tout à coup, une alerte retentit : "Un avion français +éclairé+ (entré dans le faisceau, ndlr) par un radar sol-air près de Misrata !"

"Ce signal-là est très dangereux : c'est celui d'un SA-5 russe à longue distance qui est capable de nous atteindre", analyse le lieutenant-colonel Dabadie.

La réponse du CNOA ne se fait pas attendre : "Autorisation de destruction du site SA-5".La consigne est immédiatement transmise au chasseur-bombardier mais le signal n'apparaît plus."Il s'agit peut-être d'une fausse alerte", indique Vincent Dabadie.

Au final, la mission s'achève sans incident majeur : ni violation libyenne, ni frappe française n'interviennent durant son déroulement.

Un Awacs britannique prend le relais et un autre Awacs français est déjà en route : "La journée n'est pas finie dans la zone d'opération", souligne l'officier.

Livrés à la France à partir de 1990, les Awacs sont régulièrement mobilisés pour la lutte contre la piraterie au large de la Somalie ou contre le narcotrafic en Méditerranée ou aux Caraïbes.

Egalement employés pour les recherches de l'épave du vol AF-447 Rio-Paris, ils n'avaient plus été mobilisés par la France dans le cadre d'un conflit armé depuis les opérations Kosovo en 1999.