Darfour: les marchands ruinés après une semaine de violences

Par La rédaction

Nyala (Soudan) (AFP)

Au Darfour ravagé par la guerre et la pauvreté, les marchands de Nyala faisaient figurent de privilégiés mais aujourd'hui ils sont eux aussi dans le dénuement le plus total, après une semaine de violences déclenchées par des rivalités entre forces de sécurité.

"J'ai tout perdu", se désole Hussein Mohammed, qui estime à 150.000 livres soudanaises (16.400 euros) les pertes en marchandises incendiées et volées au cours d'une semaine sanglante dans la principale ville du Darfour. 

"Je n'ai rien à faire.Et c'est ramadan", déplore-t-il, assis devant les cendres de ce que fut sa boutique, en référence au jeûne musulman synonyme de période faste pour les commerçants. 

Selon des responsables, des "différends" entre membres de forces de sécurité ont été à l'origine des heurts qui ont fait au moins huit morts, dont deux travailleurs humanitaires entre le 3 et le 7 juillet à Nyala.

Ces violences, déclenchées par la mort d'un membre de la "Réserve centrale", une unité de police paramilitaire du Darfour-Ouest, ont aussi fait plus de vingt blessés, dont un Soudanais recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité au Darfour, Ali Kosheib, ont rapporté les médias officiels.

"Les policiers se sont retirés"

"Je ne sais pas pourquoi ils ont fait ça, nous ne faisons pas partie de leur conflit", explique un autre marchand dont l'enseigne, comme une vingtaine de boutiques du marché al-Malja, a été détruite.

Le sorgho et autres marchandises stockés dans l'échoppe dont les murs ne tiennent plus debout étaient un investissement pour financer l'université de ses enfants, explique le propriétaire, qui préfère rester anonyme. 

"Les policiers protégeaient le marché, mais quand les combats sont devenus intenses, ils se sont retirés", se souvient-il. 

Yahya Haroun, un père de famille dont la fille est malade, a fui sa boutique dimanche après avoir entendu des coups de feu.

"Plus tard, j'ai eu un appel de mes collègues qui m'ont expliqué que des hommes armés étaient à l'intérieur des boutiques", détaille M. Haroun à un journaliste de l'AFP. 

Les violences ont aggravé les tensions

Le lendemain, ce grossiste textile n'a pu que constater la destruction totale de son commerce. 

"Je dois m'occuper de ma propre famille, mais aussi de mes frères et soeurs depuis la mort de notre père", explique, angoissé, Yahya Haroun.

En dehors du marché, des habitants de Nyala ont témoigné de leur difficultés.L'électricité est coupée depuis des jours,le prix du carburant est quatre fois plus élevé que dans la capitale Khartoum et, selon le PAM (Programme alimentaire mondial de l'ONU, quelque 400.000 personnes sont concernées par une perturbation de la distribution de l'aide alimentaire.

Omar Hassan, un travailleur précaire, peine à débourser les quatre livres soudanaises (50 centimes d'euros) que coûte la cantine scolaire de ses enfants. 

Les violences à Nyala ont aggravé les tensions que connaît le Darfour depuis début 2013 et qui a déjà poussé 300.000 personnes à fuir les combats dans cette région de l'ouest du Soudan, selon des chiffres de l'ONU.

Les rebelles du Darfour combattent le gouvernement depuis dix ans dans un contexte d'instabilité accrue par les conflits tribaux, les enlèvements, vols de voitures et autres crimes dont beaucoup sont attribués à des milices liées au gouvernement et à des groupes paramilitaires.