Egypte: heurts au Caire, la contestation continue malgré l'appel de l'armée

2 février 2011 à 13h28 par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

 Des heurts ont opposé pro et anti Hosni Moubarak au Caire mercredi alors que l'opposition a maintenu un appel à une mobilisation massive vendredi pour exiger le départ du chef de l'Etat égyptien malgré l'ordre donné par l'armée aux manifestants de rentrer chez eux. 

En début d'après-midi, des heurts violents, ayant fait plusieurs blessés selon des journalistes de l'AFP, ont éclaté entre partisans et opposants au président place Tahrir (Libération) dans le centre du Caire.

Les manifestants se battaient à coups de bâtons et de jets de pierres autour des chars de l'armée gardant les entrées de la place, sans que les militaires ne s'interposent.Ils en étaient venus aux mains après une matinée très tendue.

Plusieurs centaines de manifestants pro-Moubarak avaient marché sur Tahrir où des milliers de manifestants avaient passé une nouvelle nuit pour réclamer le départ du chef de l'Etat.

 L'armée avait auparavant exhorté les manifestants à rentrer chez eux pour que "la sécurité et la stabilité" soient rétablies."Votre message est arrivé, vos revendications ont été entendues", a déclaré un porte-parole de l'armée à la télévision publique.

M. Moubarak, qui fait face depuis neuf jours à une révolte des Egyptiens réclamant qu'il lâche le pouvoir qu'il détient depuis 29 ans, a annoncé mardi soir qu'il ne briguerait pas de nouveau mandat lors de la présidentielle de septembre.Mais cette annonce n'a pas apaisé ses opposants.

Des milliers de manifestants anti-gouvernementaux ont à nouveau passé la nuit sur la place et repris dès leur réveil les slogans réclamant le départ immédiat du président.

"Allez, Hosni dehors", ont scandé les protestataires, deux grandes banderoles étant toujours déployées sur la place, l'une en anglais disant "le peuple veut la chute du régime" et l'autre en arabe, adressée à Hosni Moubarak: "dégage!".

Malgré les concessions du président Moubarak, le mouvement de contestation a annoncé le maintien d'une manifestation massive prévue vendredi et au cours de laquelle elle veut réunir plus d'un million de personnes comme mardi, lors de la journée "du million" de personnes.

La mobilisation de vendredi a été baptisée "vendredi du départ", ont indiqué à l'AFP plusieurs organisateurs.

 "Nous descendons dans les rues aujourd'hui, nous descendrons demain, mais vendredi sera la journée de la mobilisation la plus massive", a affirmé une militante du mouvement du 6 avril, Racha Badaoui.

Mardi soir, M. Moubarak, 82 ans, s'est engagé à abandonner son fauteuil de président en septembre et à préparer lors des huit mois de mandat qui lui restent une transition pacifique, notamment en modifiant la Constitution afin de faciliter les candidatures pour la présidentielle.

Berlin s'est félicité qu'Hosni Moubarak "veuille ouvrir la voie à un renouveau politique", alors que le président français Nicolas Sarkozy a souhaité qu'un "processus de transition concret s'engage sans tarder" et "sans violence", selon l'Elysée.Madrid s'est prononcé pour de "vraies réformes, avec des changements en profondeur".

La Commission européenne s'est dite prête mercredi "à renforcer son assistance" à l'Egypte pour aider ce pays à effectuer une transition politique

Le Premier ministre britannique David Cameron a estimé mercredi devant le Parlement que "la transition devait être rapide, crédible, et démarrer maintenant".

 Le président américain Barack Obama a indiqué avoir dit à son homologue égyptien qu'une transition politique pacifique devait débuter "maintenant" en Egypte.

"Je le dis en toute sincérité, et sans tenir compte de la situation actuelle, je ne comptais pas me présenter à un nouveau mandat présidentiel", a déclaré M. Moubarak."Ce pays, j'y ai vécu, j'ai fait la guerre pour lui, et l'histoire me jugera", a déclaré M. Moubarak lors de son intervention télévisée.L'Egypte est "la nation que j'ai défendue et dans laquelle je vais mourir".

M. Moubarak a appelé le Parlement à "débattre d'un amendement" à la Constitution "pour changer les conditions de la candidature à la présidentielle et limiter les mandats".

Mais, selon l'agence officielle Mena, le Parlement a suspendu ses séances jusqu'à la révision des résultats des dernières législatives, marquées par des accusations de fraude et de violences.

De son côté, l'ambassadrice des Etats-Unis Margaret Scobey s'est entretenue au téléphone avec Mohamed ElBaradei, la figure la plus en vue de l'opposition, qui a appelé M. Moubarak à partir "au plus tard vendredi".

Depuis le 25 janvier, les manifestants se rassemblent quotidiennement pour réclamer le départ de M. Moubarak qu'ils accusent d'être responsable des maux du pays -pauvreté, chômage, violation des libertés, corruption et verrouillage politique.

 L'accès à internet était au moins en partie rétabli mercredi au Caire, après plus de cinq jours de coupure, alors que le président Hosni Moubarak était confronté à une contestation sans précédent, ont constaté des internautes et des journalistes de l'AFP.