Egypte: le projet de nouvelle Constitution fait la part belle à l'armée

1er décembre 2013 à 16h51 par La rédaction

Le Caire (AFP)

Le projet de nouvelle Constitution en Egypte, devant être approuvé par référendum, confèrera à l'armée qui a destitué le président islamiste élu Mohamed Morsi des pouvoirs importants relevant d'ordinaire de l'exécutif, du législatif et du judiciaire.

Quand il sera finalisé --probablement dimanche soir--, le projet adopté à la majorité des voix d'une commission constituante de 50 personnalités, nommées par le gouvernement dirigé de facto par l'armée, devra être soumis au chef de l'Etat par intérim Adly Mansour, puis au suffrage populaire probablement fin décembre ou début janvier. 

Le 3 juillet, les militaires ont destitué et arrêté le seul président jamais élu démocratiquement en Egypte, suspendu la Constitution et nommé un gouvernement intérimaire chargé d'élaborer une nouvelle loi fondamentale et d'organiser des élections législatives et présidentielle en 2014.

Mais depuis mi-août, les nouvelles autorités répriment dans le sang des partisans de M. Morsi, issu de la confrérie des Frères musulmans.Plus d'un millier de manifestants islamistes ont ainsi péri sous les balles des forces de l'ordre depuis trois mois et demi.Dimanche, les blindés de l'armée et de la police ont dispersé plus de 2.000 étudiants pro-Morsi sur l'emblématique place Tahrir.

Trois articles déjà adoptés du projet de Constitution prévoient que ni le Parlement ni le gouvernement n'auront de droit de regard sur le budget de l'armée, comme c'est déjà le cas depuis une quarantaine d'années.Des tribunaux militaires pourront juger des civils qui s'en seraient pris à leur institution.Enfin, la nomination du ministre de la Défense devra se faire durant huit ans avec l'accord du Conseil suprême des forces armées (CSFA). 

Ces articles --les deux premiers étant déjà inscrits dans la Constitution adoptée sous la présidence de M. Morsi en 2012-- ont déclenché ces derniers jours des manifestations hostiles à l'armée, de mouvements libéraux et laïcs comme islamistes, et inquiètent les organisations de défense des droits de l'Homme qui les jugent "liberticides".

Le plus polémique des articles autorise les militaires à juger des civils "en cas d'attaque directe contre les forces armées" et leurs "équipements", alors que la fin des procès de civils devant des tribunaux militaires était au c�?ur des revendications de la révolte de 2011, qui a poussé le président Hosni Moubarak à quitter le pouvoir, dans la lignée des Printemps arabes.

L'actuel ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi, commandant en chef de l'armée et vice-Premier ministre, est le véritable homme fort de l'Egypte.

Human Rights Watch a accusé dimanche l'armée d'être responsable de la "disparition forcée" de cinq membres de la garde rapprochée de M. Morsi, détenus au secret depuis sa destitution il y a près de cinq mois.Le président déchu lui-même est jugé notamment pour "incitation au meurtre" de manifestants et accusé de "trahison".

"Constitution du futur"

 

Ahmed Abd Rabbo, qui enseigne les Sciences politiques à l'Université du Caire, estime que ces articles "ne donnent aucune garantie contre la militarisation de l'Etat". 

Pour son collègue Hassan Nafaa, la vraie question se posera au moment du référendum car "il est toujours difficile d'obtenir une large majorité dans un pays divisé".

"Les gens ne voteront pas en fonction de leur opinion sur le texte mais plutôt en fonction du camp auquel ils appartiennent", dit-il.Et les articles concernant l'armée "alimenteront le débat parmi les laïcs que la loi sur les manifestations a déjà mis en colère".

C'est dans ce contexte que la justice a ordonné la prolongation de 15 jours de la détention d'une figure du mouvement laïc accusée d'avoir organisé une manifestation contre ces articles mardi.

Alaa Abdel Fattah doit répondre de l'organisation d'une "manifestation illégale" en vertu d'une loi interdisant tout rassemblement n'ayant pas obtenu l'aval du ministère de l'Intérieur et d'avoir "frappé un officier de police".

Avec lui, 24 manifestants ont écopé dimanche de 15 jours supplémentaires de détention, selon des sources judiciaires.

Parallèlement, la justice a ordonné la libération d'Ahmed Maher, fondateur du mouvement du 6-Avril fer de lance de la révolte de 2011, qui s'était rendu à la justice samedi.En dépit de sa libération, il devra toujours répondre de l'organisation d'une manifestation "illégale", selon des sources judiciaires.