Egypte: nouvelles manifestations à moins de 24 heures des élections

27 novembre 2011 à 10h46 par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

Des dizaines de milliers d'Egyptiens s'apprêtaient à manifester de nouveau dimanche pour réclamer la fin rapide du pouvoir militaire, à la veille des premières élections de l'après-Moubarak considérées comme cruciales pour la transition politique du pays.

Le pouvoir militaire a néanmoins affirmé qu'il ne tolèrerait aucune pression, et appelé Mohamed ElBaradei et Amr Moussa, des figures politiques-clés, à soutenir le Premier ministre désigné Kamal el-Ganzouri malgré le rejet de sa nomination par les manifestants.

Force politique la mieux organisée du plus peuplé des pays arabes, les Frères musulmans ont de leur côté réclamé que le prochain gouvernement soit formé par la majorité parlementaire issue du scrutin.

Alors que les heurts ont cessé place Tahrir, épicentre de heurts qui ont fait 42 morts en Egypte en une semaine, la Coalition de la jeunesse de la révolution, formée durant la révolte du début d'année, a appelé à une manifestation d'un "million de personnes pour la légitimité révolutionnaire".

Depuis vendredi des contre-manifestations de soutien à l'armée ont parallèlement eu lieu notamment au Caire rassemblant des dizaines de milliers d'Egyptiens. Ces rassemblement rivaux font redouter que le scrutin législatif qui débute lundi soit émaillé de violences.

 "Ce que nous craignons, c'est que ces divergences ne se transforment en divisions et de là en guerre entre des groupes qui étaient il y a quelques mois un seul bloc appelant à la chute du régime", met ainsi en garde le quotidien gouvernemental Al-Akhbar. "Le pays est au bord d'un fossé qui se creuse (...).La situation actuelle est dangereuse (...) et l'avenir l'est encore plus", ajoute le quotidien.

La mobilisation, qui réclame pour le dixième jour consécutif un transfert immédiat du pouvoir à un gouvernement de salut national intervient au lendemain d'un appel du pied de M. ElBaradei pour être chargé par les militaires de former un tel cabinet.

L'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et prix Nobel de la Paix s'est dit "prêt à renoncer à l'idée d'être candidat à la présidentielle au cas où il lui serait demandé officiellement de former ce gouvernement", dans un communiqué.

Mais les Frères musulmans ont clairement fait savoir que ce poste devrait être confié à l'un des leurs s'ils remportent les législatives. "Le futur Parlement est supposé représenter le peuple (...) Le Conseil militaire doit charger le parti qui remporte la majorité des voix de former le prochain gouvernement", a affirmé à l'AFP leur porte-parole Mahmoud Ghozlane.

La nomination vendredi de Kamal el-Ganzouri, ancien chef de gouvernement sous Moubarak au poste de Premier ministre avait relancé la contestation, notamment devant le siège du gouvernement où un manifestant a été tué samedi.

Le maréchal Tantaoui, à la tête du Conseil suprême des forces armées (CSFA) et chef d'Etat de fait, a tenté de l'apaiser en rencontrant samedi M. ElBaradei et Amr Moussa, ex-chef de la Ligue arabe et également candidat déclaré à la présidentielle. 

Dans le même temps, la campagne pour les élections législatives s'est terminée dans les gouvernorats appelés aux urnes lundi, notamment le Caire et Alexandrie. Quelque 40 millions d'électeurs sur 82 millions d'Egyptiens sont appelés à élire lors de ce scrutin 498 membres de l'Assemblée du peuple (chambre des députés), tandis que 10 autres seront nommés par le maréchal Tantaoui.

L'Egypte est découpée en 27 gouvernorats divisés en trois groupes, qui voteront successivement, sur deux tours.

Sur la place Tahrir, où le "village de tentes" a grossi depuis une semaine, les législatives laissaient certains indifférents, tandis que d'autres manifestants étaient perplexes ou furieux que le scrutin ait été maintenu.