Egypte: Un mort parmi les manifestants anti-Moubarak

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Des dizaines de milliers de manifestants se sont heurtés violemment vendredi aux policiers déployés en force en Egypte, où le mouvement de contestation sans précédent contre le président Hosni Moubarak s'est amplifié faisant un huitième mort. 

Au quatrième jour des plus importantes protestations en près de 30 ans de règne de M. Moubarak, les policiers, qui semblaient parfois avoir du mal à contenir les manifestants, ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles caoutchoutées en l'air et des canons à eau pour les disperser.

Un manifestant a été tué d'une balle lors d'accrochages avec la police à Suez à l'est du Caire, portant à huit le nombre de morts -2 policiers et 6 manifestants, depuis le début du mouvement mardi.Des dizaines de personnes ont été également blessées et un millier arrêtées.

 Face à l'escalade, le chef de la commission parlementaire des Affaires étrangères et membre du parti de M. Moubarak, Moustapha al-Fekki, a appelé à "des réformes sans précédent" pour éviter une "révolution".

 L'internet et les services de téléphonie mobile, qui ont joué un rôle-clé dans la mobilisation populaire, étaient coupés dans le pays.Une première par son ampleur pour l'internet, selon des experts.

M. Moubarak, 82 ans, un allié de l'Occident qui s'est appuyé pendant près de 30 ans sur un redoutable appareil policier et un système dominé par un parti qui lui est entièrement dévoué, s'est illustré par son silence depuis le début de la contestation, la plus importante depuis son arrivée au pouvoir en 1981.

Aux cris d'"A bas Hosni Moubarak" et "le peuple veut la chute du régime", les manifestations se sont étendues à tout le Caire, une métropole de 20 millions d'habitants, et on gagné les principales villes du pays, selon des journalistes de l'AFP sur place.

 L'opposant le plus en vue, Mohamed ElBaradei, qui s'est dit prêt à mener une transition au pouvoir après un éventuel départ de M. Moubarak, et les Frères musulmans (opposition), ont participé aux manifestations.

Dès la fin des prières musulmanes, les protestataires sont descendus dans la rue pour ce "vendredi de la colère", à l'appel du Mouvement du 6 avril, un groupe de jeunes pro-démocratie qui s'est inspiré de la "révolution du jasmin" ayant chassé le président Zine El Abidine Ben Ali de Tunisie.

Au Caire, des accrochages ont éclaté près d'une mosquée où a prié M. ElBaradei, l'ex-chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).Ce dernier a dû se réfugier dans le lieu de culte, selon un photographe de l'AFP.

"Liberté!liberté!liberté", scandaient les manifestants sous les regards ahuris de policiers déployés avec boucliers et casques à visière, près de la célèbre mosquée al-Azhar.

 "Moubarak est un dictateur, nous voulons sa chute.Ce n'est plus le temps des réformes.Les gens en ont marre.La situation économique devient intenable", souffle Ahmed, un manifestant.

Plus au nord, à Alexandrie, deuxième ville d'Egypte, la police a tiré des gaz lacrymogènes et des balles caoutchoutées pour disperser des milliers de manifestants qui criaient "On ne veut pas de lui", en allusion à M. Moubarak.

A Mansoura, dans le delta du Nil, les policiers ont lancé des gaz lacrymogènes pour faire fuir les manifestants et certains imams ont appelé à "sortir et demander le changement".

Des affiches du parti au pouvoir ont été arrachées et des bâtiments officiels attaqués et endommagés.

 Les manifestants réclament de meilleures conditions de vie dans un pays où l'état d'urgence est imposé depuis près de 30 ans et où plus des 40% des 80 millions d'habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour et par personne.Ils veulent aussi le départ du ministre de l'Intérieur, Habib el-Adli.

Les chaînes arabes Al-Jazira et Al-Arabiya ont fait état de brutalités de la police contre certains de leurs journalistes au Caire, alors que quatre journalistes français ont été brièvement détenus.

Le président américain Barack Obama a affirmé que la violence n'était "pas une solution aux problèmes en Egypte" et la Maison Blanche a dit ne pas vouloir prendre parti.

Conséquence des troubles, les matchs du championnat de football prévus vendredi et samedi ont été reportés.Et l'agence de notation financière Fitch pourrait abaisser la note souveraine de l'Egypte, actuellement de BB+.