Elections ivoiriennes: résultats au compte-goutte, le camp Gbagbo charge

Par La rédaction

ABIDJAN (AFP) - (AFP)

Les résultats des législatives en Côte d'Ivoire ont commencé lundi à être publiés au compte-goutte, un scrutin capital après la crise meurtrière de 2010-2011 mais boycotté par le camp de l'ancien président Laurent Gbagbo, qui s'est senti conforté par une forte abstention.

La Commission électorale indépendante (CEI) a publié les premiers résultats, portant à 18H30 (locales et GMT) sur huit sièges seulement, sur un total de 255.Les chiffres devraient s'égréner dans la soirée et mardi.Le visage de la nouvelle Assemblée doit être connu dans le courant de la semaine.

La coalition du président Alassane Ouattara est assurée de rafler la majorité des 255 sièges, faute d'adversaires de poids.Sur les huit premiers sièges, elle en obtient sept, contre un pour un "indépendant".

Le nouveau rapport de forces entre le Rassemblement des républicains (RDR) de M. Ouattara et son principal allié, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de l'ex-chef d'Etat Henri Konan Bédié, sera décisif pour l'avenir.

Quelque 5,7 millions d'inscrits étaient appelés aux urnes dimanche, huit mois après la fin de la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011, qui a fait quelque 3.000 morts après le refus de M. Gbagbo de reconnaître sa défaite à la présidentielle de novembre 2010.

Mais la participation a été faible, selon les observateurs, bien loin des quelque 80% de la présidentielle, un score historique.

La CEI n'a pas encore fourni de chiffre officiel mais son président Youssouf Bakayoko a averti que la mobilisation des électeurs aux législatives était en général assez basse, "autour de 35%".

Le camp Gbagbo, qui avait décidé de boycotter le vote - à l'exception de quelques dizaines de candidats se présentant en "indépendants" -, a pilonné le pouvoir.

Incidents isolés

Le porte-parole en exil de l'ancien président, Justin Koné Katinan, a affirmé que la participation atteignait "à peine 20%".Ce chiffre, non confirmé, montre que l'électorat "n'a pas voulu légitimer" un "pouvoir illégal", a-t-il assuré.


Arrêté le 11 avril après deux semaines de guerre, Laurent Gbagbo a été écroué fin novembre à La Haye à la Cour pénale internationale (CPI), qui le soupçonne d'être "coauteur indirect" de crimes contre l'humanité.

Les élections marquent "le début du processus démocratique", a estimé Amadou Soumahoro, secrétaire général du RDR.Il a prédit pour son parti "un poids politique significatif" à l'Assemblée et mis l'absention sur le compte des "dures épreuves" subies par la population.

Le président Ouattara a dit espérer "beaucoup mieux" que les plus de 32% de participation aux dernières législatives de 2000.

Les autorités se félicitent qu'après une campagne ayant été marquée par cinq morts, les élections n'aient été émaillées, selon les premiers rapports, que d'incidents isolés.

Premier pays à réagir, les Etats-Unis ont, via leur ambassade à Abidjan, salué des élections qui à première vue "ont été libres et équitables".

La dizaine d'observateurs de la Francophonie n'a "pas eu à constater d'incidents majeurs dans les centres de vote visités" et a "relevé la discrétion observée par les forces de l'ordre et de sécurité".

Le scrutin, le premier organisé depuis la présidentielle, était un rendez-vous majeur après la crise récente, qui a conclu une décennie de tourmente et de violences pour ce pays de plus de 21 millions d'habitants, le plus riche d'Afrique de l'Ouest francophone.