En zone rouge, le fleuron industriel de la Mauritanie tourne à plein régime

8 février 2011 à 13h30 par La rédaction

ZOUERATE (AFP)

La cité minière de Zouerate, dans le nord de la Mauritanie, fleuron économique du pays, continue de produire comme si de rien n'était son fer, exporté ensuite vers l'Europe et la Chine: la menace d'Al-Qaïda semble diffuse ou irréelle, et l'armée, discrète, veille.

Lundi, le ministre français de la Coopération Henri de Raincourt s'est rendu dans cette ville de 60.000 habitants, en plein désert minéral du Tiris Zemmour.Le voyage n'avait pas été ébruité, la France étant, tout comme la Mauritanie, dans le collimateur d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Depuis l'an dernier, dans la foulée de l'enlèvement de cinq Français, d'un Malgache et d'un Togolais par Aqmi sur le site d'uranium d'Arlit au Niger, Zouerate a été inscrit dans la "zone rouge" définie par le ministère français des Affaires étrangères, où il est fermement déconseillé de se rendre.

Ce voyage était un signe fort de Paris pour appuyer le dynamisme de la Société nationale industrielle et minière (SNIM), qui exploite Zouerate et que l'Agence française de développement (AFD) soutient fortement depuis 1978.

Elle lui a accordé depuis six ans divers prêts à hauteur de plus de cent millions d'euros, dont l'un pour la création d'un centre de formation continue et un autre pour le projet "Guelb II", visant à porter l'extraction du minerai à 18 millions de tonnes par an en 2014, contre 12 millions aujourd'hui.

Avec pour devise "Volonté de fer", la SNIM, entre son site de Zouerate et le port de Nouadhibou, pèse lourd dans l'économie mauritanienne: 14% du PIB, 40% des recettes d'exportation.

Zouerate est relié à Nouadhibou par 650 km de rail, une voie où circule le train le plus long (jusqu'à 2,5 km) et le plus lourd du monde.

M. de Raincourt voit la SNIM comme un "outil de développement de la Mauritanie", dans un pays où des jeunes, faute d'emplois, risquent d'être attirés par Aqmi.

Le directeur général de l'entreprise, Taleb Ould Abdivall, a présenté fièrement un complexe qui tourne à plein régime: centrale électrique ultramoderne, usine d'enrichissement, montagne creusée en profondeur par des explosifs et d'énormes excavatrices.Il s'est même fixé des ambitions environnementales de réduction de la poussière.

La construction du centre de formation qui doit ouvrir en septembre est supervisée par des ingénieurs chinois, qui, tout sourire, engagent la conversation en français.Sur un portique bleu, on peut lire "Bienvenu" sans "e" et des calligraphies chinoises.

Aux abords de la ville, des cahutes de tôle s'éparpillent dans le sable gris et quelques soldats en armes patrouillent en pick-up.Routes et pistes sont bien gardées.

Bah Ould Choumad, directeur des ressources humaines de la SNIM, regrette l'avertissement du Quai d'Orsay, qui contribue à limiter les déplacements des cadres français vers Zouerate: "sur quelle base a été décidée cette coloration en rouge?On ne déplore pourtant aucun antécédent d'incident dans la région".

Selon lui, Américains, Canadiens et Britanniques n'imposent pas de telles restrictions.

"Le filet est étanche", dit-il à l'AFP, d'abord parce que le désert est loin d'être franchissable partout, et aussi parce que le gouvernement "a décidé de contrôler tous les points de passage" depuis l'an dernier.

La menace d'Aqmi ne dissuade pas ceux qu'on surnomme à l'ambassade de France à Nouakchott les touristes "téméraires" de voyager dans le nord de la Mauritanie en traversant la "zone rouge".

Tous les jours, l'ambassade fait le point avec la gendarmerie mauritanienne, dont elle salue l'excellent travail de contrôle.

Dimanche, un journaliste mauritanien se rendant à Zouerate raconte avoir rencontré deux touristes à vélo sur la route.Insouciants.