Ethiopie: le gouvernement admet que ses forces ont ouvert le feu sur une équipe de l'ONU au Tigré

8 décembre 2020 à 14h40 par AFP

AFRICA RADIO

Les autorités éthiopiennes ont admis mardi que des forces progouvernementales avaient ouvert le feu dimanche sur une équipe de l'ONU au Tigré et rappelé que l'accès humanitaire à la région, privée d'approvisionnement depuis plus d'un mois en raison d'un conflit, était soumis au feu vert du gouvernement.

Cette équipe se trouvait "dans une zone où elle n'était pas supposée se rendre" et "a forcé" plusieurs barrages, a expliqué le porte-parole de la cellule de crise gouvernementale pour le Tigré, Redwan Hussein, niant que l'ONU se soit vu garantir un "accès sans restriction au Tigré" par Addis Abeba.La situation humanitaire au Tigré, toujours privée de tout approvisionnement après plus d'un mois de conflit armé contre les autorités régionales dissidentes et dix jours après la fin proclamée des combats par les autorités éthiopiennes, inquiète de plus en plus l'ONU et les organisations humanitaires.Le 2 décembre, après l'avoir longtemps réclamé, les Nations unies avaient affirmé avoir obtenu du gouvernement éthiopien un accès humanitaire "sans restriction" au Tigré. Mais l'acheminement de l'aide humanitaire n'a toujours pas commencé, en raison de la situation sécuritaire très incertaine.Lundi, plusieurs sources onusiennes à Addis Abeba avaient indiqué à l'AFP qu'une équipe chargée d'évaluer les conditions de sécurité au Tigré avait été brièvement arrêtée après s'être vu refuser l'accès à un camp de réfugiés érythréens. Une des sources avait évoqué des tirs.Les membres de cette équipe "ont forcé deux barrages pour se rendre rapidement dans des zones où ils n'étaient pas censés aller et où il leur avait été dit de ne pas aller (...) au moment où ils allaient franchir le troisième, ils ont essuyé des tirs et ont été arrêtés", a raconté M. Redwan, précisant qu'ils étaient "bien sûr, désormais libres"."Un accès sans restriction à n'importe quel coin d'Ethiopie, ça n'existe pas", a-t-il martelé, estimant que "l'accès donné aux Nations unies entre dans un cadre élaboré par une nation souveraine, coordonné par le gouvernement".Cet accord prévoit que "l'assistance (humanitaire) soit conduite et coordonnée par le gouvernement éthiopien. Aucune entité, multilatérale ou unilatérale, ne peut supplanter la responsabilité du gouvernement éthiopien", a-t-il ajouté.Mardi à Genève, le porte-parole du Haut Commissariat au Réfugiés (HCR), Babar Baloch a regretté que l'ONU n'ait toujours pas "cet accès terriblement nécessaire" au Tigré où "la situation humanitaire est de plus en plus critique".