Français tués: 2 combattants d'Aqmi interrogés, toujours des zones d'ombre

Par La rédaction

NIAMEY (AFP)

Deux combattants présumés d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) étaient interrogés mardi à Niamey après leur capture lors d'un raid au Mali des forces françaises contre les ravisseurs de deux Français tués le 8 janvier, une opération entourée de zones d'ombre. 

Le ministre de la Défense Alain Juppé,  actuellement à N'Djamena pour le cinquantenaire de l'indépendance du Tchad mais qui était lundi à Niamey, a affirmé qu'"aucun élément n'est flou dans la séquence des événements" de la mort des deux otages.Il a également souligné que l'un d'eux était "mort d'une balle dans la tête qui n'était pas une balle perdue".

"Il y a au moins deux présumés combattants d'Aqmi qui ont été capturés et ramenés sains et saufs à Niamey où ils sont interrogés", a de son côté indiqué à l'AFP une source sécuritaire nigérienne, sans préciser les circonstances dans lesquelles ils ont été faits prisonniers.

Selon une source sécuritaire malienne, des policiers anti-terroristes français sont actuellement dans la capitale nigérienne."Certains ont déjà entendu les ravisseurs.Il y a aujourd'hui un autre interrogatoire".

Vendredi soir, les deux Français de 25 ans, Antoine De Léocour et Vincent Delory, ont été enlevés dans un restaurant du centre de Niamey et retrouvés morts le lendemain après un assaut des forces françaises en territoire malien contre les ravisseurs.

Quatre preneurs d'otages ont été tués au cours de la tentative de libération, ont indiqué deux parlementaires français.

La France et le Mali accusent Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) d'être derrière cet enlèvement, qui n'a pas encore été revendiqué.

Les dépouilles des deux Français ont été entreposées dans une petite clinique privée de Niamey.Leur rapatriement est prévu par un vol mardi soir qui arrivera à Paris tôt mercredi matin, a précisé une source diplomatique au Niger.

Selon une source médicale qui a pu voir les corps, les deux hommes "avaient été attachés, les mains dans le dos, et ils avaient des traces noires sur le corps".Une source proche de la présidence nigérienne avait auparavant assuré à l'AFP que "les corps étaient calcinés".

Une autopsie doit être pratiquée à l'Institut médico-légal de Paris.

Des zones d'ombre continuaient d'entourer les circonstances de la mort des otages - tués avant ou pendant le raid, sur le lieu de l'attaque ou ailleurs?- comme celles de l'intervention militaire française qui s'est soldée par la mort de trois gendarmes nigériens.

Selon des sources maliennes, des hélicoptères de combat français ont tiré sur le convoi de véhicules des ravisseurs dans le nord du Mali, à une quinzaine de kilomètres de la localité malienne de Tabankor (35 km au sud de Ménaka), où des épaves calcinées ont été retrouvées.

Parmi ces épaves, "un gros véhicule 4X4 immatriculé au Bénin", selon une autorité administrative dans le nord du Mali.A Niamey, des témoins avaient déclaré que les Français avaient été emmenés à bord d'un tel véhicule.

Le Premier ministre François Fillon a déclaré que la France n'avait "pas changé de stratégie" dans sa lutte contre le terrorisme, avec sa décision de participer à une opération militaire risquée.

De son côté, le président Nicolas Sarkozy a reçu pendant plus d'une heure mardi les familles des deux amis.La rencontre s'est déroulée à l'Elysée dans la plus grande discrétion et a réuni la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie, le directeur de cabinet adjoint de son collègue de la Défense Alain Juppé, le chef d'état-major particulier du président, le général Benoît Puga, et son conseiller diplomatique Jean-David Lévitte.

A Niamey, le calme régnait et certaines rues étaient désertes, balayée par un vent de poussière, alors que les Nigériens étaient appelés en ce jour - férié pour l'occasion - à participer à des élections municipales et régionales.

La présidentielle prévue le 31 janvier est censée parachever la transition lancée par la junte qui avait renversé le président Mamadou Tandja en février 2010, en vue du retour à un régime civil en avril.

Mais la mort des deux jeunes hommes, enlevés en plein Niamey, est venue rappeler la fragilité d'un des pays les plus pauvres du monde.

La France a d'ailleurs mis en garde les voyagistes contre le tourisme au Sahel où plus aucune zone n'est considérée comme sûre.

Les régions de Niamey comme de Bamako, jadis zones "vertes" où il était possible de circuler en sécurité selon Paris, sont devenues zones "oranges" où il est recommandé de ne pas se rendre "sauf raison impérative".

Aqmi a revendiqué il y a trois mois le rapt dans le nord du Niger de cinq Français, d'un Togolais et d'un Malgache, travaillant pour la plupart pour le groupe nucléaire français Areva et un sous-traitant du groupe de construction Vinci.