Guinée: amende requise contre un journaliste qui accusait Alpha Condé d'être anti-Peuls

Par AFP

AFRICA RADIO

Le procureur d'un tribunal guinéen a requis mardi une simple amende à l'encontre d'un journaliste jugé pour avoir "offensé" le président guinéen Alpha Condé en l'accusant de discriminer la communauté peule, réputée acquise à l'opposition.

Le tribunal de premier instance de Dixinn, dans la banlieue de Conakry, où était jugé l'influent journaliste sportif et historien Amadou Diouldé Diallo, a mis sa décision en délibéré au 28 avril.A l'issue d'une journée d'audience à laquelle assistaient par solidarité de nombreux journalistes, le tribunal a rejeté la demande de remise en liberté de M. Diallo, dont les avocats avaient par ailleurs plaidé la relaxe pure et simple.Le journaliste, en détention provisoire depuis près de 50 jours, est accusé "d'offenses" et d'"atteintes au président de la république" pour avoir affirmé sur une radio privée fin février que le "seul projet" d'Alpha Condé est "d'exterminer la communauté peule de Guinée".Il avait notamment soutenu que la plupart des manifestants tués ou arrêtés lors de la vague de manifestations de 2019-2020 contre un troisième mandat de M. Condé appartenaient à cette communauté.Bien que reconnu comme jouant un rôle dans les élections guinéennes, le facteur communautaire est un sujet sensible dans ce pays d'Afrique de l'Ouest coutumier des violences politiques.L'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), principal parti d'opposition, capte une grande partie de l'électorat peul, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) du président Condé, une part importante de l'électorat malinké. Les Peuls représenteraient avec les Malinkés plus de la moitié d'une population de douze millions.A la barre, M. Diallo s'est décrit comme un lanceur d'alerte."Je n'ai offensé personne, au contraire, j'alerte, j'interpelle et je dénonce ce que fait le président, qu'il stigmatise les Peuls", a-t-il affirmé."Le fait que le prévenu ait dit qu'Alpha Condé veut exterminer les Peuls est un appel à troubler l'ordre public, à opposer les populations", a fustigé le procureur, Sidy Souleymane Ndiaye.Le procureur n'a cependant réclamé qu'une amende de 5 millions de francs guinéens (420 euros) contre M. Diallo, alors que d'autres opposants ont récemment écopé de peines de prison ferme.