Hand: les néophytes congolais, de la D3 française au champion du monde danois

Par AFP

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Les handballeurs de la République démocratique du Congo, pour beaucoup des semi-professionnels franco-congolais évoluant dans le bassin parisien, vont changer de dimension dimanche en affrontant le Danemark de Mikkel Hansen et Niklas Landin, tenant du titre, lors du Mondial auquel ils participent pour la première fois en Egypte.

Caen, Massy, Savigny-sur-Orge, Dreux, Vernouillet...Passés de leurs petits clubs du bassin parisien au prestigieux hôtel du Caire où ils côtoient les références danoises et suédoises, les internationaux congolais vivent "un rêve éveillé", résume le demi-centre ou arrière gauche Daniel Mathey, qui évolue cette saison à Bruges-Lormont, dans l'agglomération bordelaise (N1).

Il y a bien Audray Tuzolana (ex-Nantes), passé par l'Allemagne et le Danemark, ou le capitaine Aurélien Tchitombi (ex-Chartres), mais la plupart n'ont pas percé au haut niveau."Qui aurait cru qu'en jouant en N1, j'aurais pu participer au Championnat du monde ?", savoure l'ailier Jacques Kizonzolo, l'un des 13 joueurs évoluant en France sur un groupe de 20. "Il y a des joueurs qui ont fait toute leur vie en D1 et qui n'ont jamais fait de Championnat du monde..."

C'est chose faite depuis vendredi et une défaite frustrante face à l'Argentine (28-22), contre laquelle les Léopards ont fait jeu égal pendant une période (14-13 à la pause) avant de craquer sur la longueur.

- "Cerise sur le gâteau" -

Place désormais à "la cerise sur le gâteau", selon Mathey, avec le Danemark dimanche."Ce match va être une consécration pour nous.Pour notre première participation, on a la chance et l'honneur d'avoir le champion du monde en titre", apprécie le sélectionneur Francis Tuzolana, par ailleurs entraîneur de Dreux (N2) où il dirige aussi son frère Audray et le pivot Gauthier Mvumbi.

Tuzolana, responsable de copropriété dans le civil, âgé de 40 ans et lui-même ancien international congolais, regardait fin décembre les stars danoises Hansen (PSG) et Landin (Kiel) disputer le Final Four de la Ligue des champions, juste avant de préparer ses troupes à Eaubonne, dans le Val-d'Oise."Je me disais: dans quelques semaines, ces messieurs vont être en face de moi..."

Si Tuzolana, conscient de l'écart, n'a pas coché ce match, "l'objectif est d'aller au tour principal".Cela passe donc par une victoire sur le Bahreïn, dernier adversaire du premier tour mardi, pour "montrer qu'on n'a pas volé notre place", insiste Mathey.

Car si la RDC est invitée à la table des grands, c'est grâce à l'élargissement, de 24 à 32 équipes, du plateau mondial en Egypte.Qu'ils ont ralliée au bout du suspense en décrochant la 7e et dernière place qualificative au dernier Championnat d'Afrique (CAN) face au Gabon, derrière les poids lourds habituels, l'Egypte, la Tunisie, l'Algérie, l'Angola et le Maroc, et un autre néophyte, le Cap-Vert.

- Indemnités et petits boulots -

Un "moment historique pour le pays", se rappelle Botetsi, qui a fréquenté le pôle espoirs d'Ile-de-France à Eaubonne --là-même où la sélection organise ses stages-- et tutoyé le haut niveau à Tremblay-en-France (D1).Faute de pouvoir s'installer dans l'équipe pro, l'arrière ou ailier droit a ensuite vadrouillé à Yverdon-les-Bains (Suisse), puis à Martigues, avant de revenir à Saint-Ouen-l'Aumône (N1), non loin de Mantes-la-Jolie où il a grandi.

Toujours en cumulant indemnités de ces clubs semi-amateurs --généralement entre 500 et 1000 euros par mois-- et travail alimentaire."En Suisse, je travaillais dans la domotique; à Marseille, j'étais surveillant dans un collège." Comme son coéquipier Kizonzolo à Saint-Nazaire (N2), club qui lui avait trouvé une place dans un lycée.

Les deux ailiers ont repris des études, Botetsi (30 ans) pour devenir éducateur dans le social, Kizonzolo (27 ans) en marketing du sport.Fini le "rêve de gosse" de devenir professionnel, "les blessures sont passées par là", retrace Mathey (27 ans), devenu commercial.Croisés, tendon rotulien, ménisque...

"On n'a pas tous les mêmes parcours", balaye Kizonzolo qui espère que l'aventure du Mondial permettra aux Congolais de taper dans l'oeil des clubs d'élite.Cela passe par un succès contre le Bahreïn, forcément historique.