Irak: quel rôle central pour les milices chiites à Fallouja?

Par La rédaction

Bagdad (AFP)

Les milices chiites jouent un rôle prépondérant dans la bataille pour la reconquête par les troupes gouvernementales irakiennes de la ville de Fallouja, mais leur implication suscite la controverse.

Officiellement, ces milices combattent sous l'ombrelle des Unités paramilitaires des Hached al-Chaabi (Mobilisation populaire) et le commandement du Premier ministre. 

Qui sont ces milices?

Une myriade de milices sont impliquées dans l'offensive de Falloujah lancée le 22-23 mai, notamment les plus puissantes du pays, comme Ketaëb Hezbollah (Brigades du Parti de Dieu), l'organisation Badr et Assaïb Ahl al-Haq (La Ligue des vertueux).

Ces groupes sont souvent décrits comme patronnés par l'Iran mais d'autres formations chiites n'étant pas étroitement liées à Téhéran participent aussi à l'opération, notamment plusieurs qui sont proches à l'autorité religieuse chiite suprême d'Irak.

Des milices des tribus sunnites locales font également partie des Hached al-Chaabi.

Quelque 30.000 combattants des Hached ont pris part aux premières phases de l'offensive sur Fallouja.

Avec 60.000 combattants inscrits, les Hached représentent la force armée la plus importante d'Irak.Même si les opérations d'envergure sont généralement confiées au service d'élite du contre-terrorisme, les Hached ont enregistré des victoires importantes contre l'EI depuis 2014.

Quel est leur rôle?

Ces milices ont joué un rôle essentiel dans la première phase de l'offensive, ratissant les zones à la périphérie de Fallouja, coupant les voies de ravitaillement et renforçant le siège de la ville.Elles ont repris des secteurs de la région qui étaient sous contrôle de l'EI, comme Garma et Saqlawiya.

La tâche qui leur a été confiée est quasiment terminée, et dans des secteurs récemment repris, les forces des Hached ont commencé à céder le terrain à l'armée et la police.

Le gouvernement a clairement affirmé qu'elles n'avaient qu'un rôle de soutien pour la 2e phase de l'offensive et ne devraient pas pénétrer le centre de Falouja.

Mais le puissant commandant des Hached, Abou Mahdi al-Mohandis, a prévenu dimanche que ses forces n'allaient pas "rester là les bras croisés" en attendant que les forces d'élite réussissent à contrôler la ville.

Pourquoi sont-elles controversées?

Certaines milices chiites ont été accusées de violences sectaires à l'encontre de civils sunnites au cours de précédentes opérations.Leur implication dans une offensive contre l'un des bastions les plus emblématiques de l'EI dans la vaste province sunnite d'Al-Anbar est donc perçue comme potentiellement explosive.

Même si les dirigeants se sont gardés de toute déclaration incendiaire, les miliciens entretiennent l'idée que la lutte à Fallouja est l'occasion de venger les attentats à la voiture piégée ayant frappé Bagdad récemment.

Par ailleurs, leurs liens avec l'Iran et leur implication dans des attaques visant l'armée d'occupation et autres objectifs américains à la suite de l'invasion de l'Irak en 2003 en font des partenaires inopportuns pour la coalition internationale menée par Washington qui fournit un soutien aérien décisif.

Ont-elles commis des abus à Fallouja?

Plusieurs responsables politiques sunnites d'Al-Anbar ont accusé les milices chiites de mauvais traitements et tortures à l'encontre de civils sunnites durant l'opération, mais peu de détails ont été fournis soutenant ces affirmations.

A l'appel de l'ONU et d'organisations de défense des droits de l'Homme, le Premier ministre Haider al-Abadi a promis d'enquêter sur toute violation présumée et que les auteurs d'abus seraient poursuivis en justice.