L'Egypte se lance dans la révision de sa Constitution

15 février 2011 à 15h21 par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

L'armée égyptienne, en charge du pays depuis la chute du président Hosni Moubarak, a donné dix jours mardi à une commission de juristes pour proposer des amendements à la Constitution et prévenu que de nouvelles grèves seraient "désastreuses" pour le pays.

Le conseil suprême des forces armées, auquel M. Moubarak a confié les rênes du pays en démissionnant vendredi, a suspendu dimanche la Constitution et dissous le Parlement, en promettant des élections démocratiques dans les mois à venir.

L'armée a nommé une commission pour réviser la Constitution qui "doit finir de travailler au plus tard dans dix jours", selon un communiqué officiel.Ses membres se sont réunis pour la première fois mardi.

"Nous allons réviser la Constitution pour en retirer toutes les restrictions et obstacles et pour répondre aux aspirations de la révolution et du peuple", a déclaré à l'AFP l'un des membres de cette commission, Sobhi Saleh, avocat et ancien député des Frères musulmans.

D'après deux cybermilitants impliqués dans la révolte populaire qui ont rencontré l'armée dimanche, les militaires ont promis un référendum sur ces amendements d'ici deux mois.

La commission est chargée de proposer des amendements à cinq articles, dont ceux portant sur les conditions très restrictives de candidature à la présidentielle.Elle doit aussi supprimer l'article 179, qui permet au président d'ordonner que des civils accusés de terrorisme soient traduits devant un tribunal militaire.

Selon l'armée, elle peut aussi proposer des modifications à d'autres articles si elle le juge nécessaire pour "garantir le caractère démocratique et la transparence des élections présidentielle et législatives".

Une association de défense des droits des Coptes a cependant critiqué mardi la composition de cette commission, dénonçant une sous-représentation des chrétiens.

Dans le même temps, les Frères musulmans, officiellement interdits en Egypte mais tolérés dans les faits, ont annoncé qu'ils comptaient créer un parti politique.

La confrérie suscite la crainte des Occidentaux qui redoutent l'instauration à terme d'un régime islamique, mais les Frères musulmans disent qu'ils ne sont pas en faveur d'un Etat religieux.

Inquiète de la tourmente économique que traverse l'Egypte, l'armée égyptienne a en outre prévenu que de nouvelles grèves seraient "désastreuses" pour le pays.

L'armée "est consciente des conditions sociales et économiques que traverse la société, mais ces problèmes ne peuvent pas être résolus avant la fin des grèves et des sit-in", a dit le conseil, cité par l'agence officielle Mena.

Les mouvements sociaux étaient suspendus mardi, jour férié marquant l'anniversaire de la naissance du prophète Mahomet, mais ils menaçaient de reprendre dans plusieurs secteurs-clés.

 Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a appelé "la communauté internationale à fournir un soutien à l'économie égyptienne durement affectée par la crise politique qui a déferlé sur le pays".

Au pic de la révolte, l'économie égyptienne perdait au moins 310 millions de dollars par jour, selon une note récente du Crédit Agricole, qui a abaissé ses prévisions de croissance 2011 pour l'
Egypte de 5,3% à 3,7%.

Des arrêts de travail et des manifestations ont eu lieu ces derniers jours dans les secteurs des transports, de la banque, du pétrole, du textile et même au sein de médias officiels et de certains organismes gouvernementaux, pour demander des hausses de salaires et de meilleures
conditions de travail.

La Bourse du Caire, fermée depuis le 27 janvier, a annoncé mardi qu'elle le resterait "jusqu'à ce
que le travail reprenne dans le secteur bancaire".

L'Union européenne a commencé mardi à étudier la possibilité de geler les avoirs de plusieurs anciens hauts responsables égyptiens.