La Somalie se prépare à des représailles après la mort du chef des shebab

Par La rédaction

Mogadiscio (AFP)

Le gouvernement somalien a affirmé samedi se préparer à une vague de représailles des islamistes shebab voulant venger leur chef, tué par une frappe aérienne américaine en début de semaine.

Le président somalien espère que la mort du chef suprême des shebab, Ahmed Abdi "Godane", peut être un tournant: il a proposé aux combattants du groupe affilié à Al-Qaïda de déposer les armes dans le cadre d'une amnistie.

Les Etats-Unis ont confirmé vendredi la mort de Godane, tué lundi.Visant une réunion de hauts responsables shebab à laquelle il participait, des missiles Hellfire et des armes à guidage laser ont "détruit un campement et un véhicule" au sud de Mogadiscio.

Les shebab n'ont fait aucun commentaire.Mais le gouvernement somalien, soutenu par la communauté internationale dans ce pays livré aux violences depuis plus de 20 ans, redoute de sanglantes représailles.

"Les services de sécurité ont reçu des informations indiquant que les shebab prévoient actuellement de mener des attaques désespérées contre les structures de santé, les centres éducatifs et d'autres structures publiques", a déclaré le ministre de la Sécurité nationale Kalif Ahmed Ereg.

"Les forces de sécurité sont prêtes à contrer leurs attaques et nous appelons la population à aider les forces de sécurité à s'opposer aux actes de violence", a-t-il dit.

Le mouvement mène attaques, attentats et assassinats depuis des années en Somalie.A 37 ans, Godane était l'une des dix personnalités les plus recherchées pour terrorisme par les Etats-Unis, qui avaient mis sa tête à prix pour sept millions de dollars.

Godane aurait été formé aux armes en Afghanistan et avait dirigé la transformation du groupe, une insurrection locale devenue un mouvement opérant à travers l'Afrique de l'Est: les shebab ont mené d'importantes attaques contre des pays engagés en Somalie dans le cadre de la force de l'Union africaine, l'Amisom.

La plus retentissante avait fait au moins 67 morts au centre commercial Westgate, à Nairobi, en septembre 2013.

 

- "Chance de paix" -

 

A Washington, le porte-parole de la Maison Blanche Josh Earnest a estimé que la mort de Godane constituait "une perte majeure du point de vue symbolique et opérationnel pour la plus importante des entités affiliées à Al-Qaïda".Le raid mené pour l'éliminer est l'aboutissement "d'années de labeur des services de renseignements, de l'armée et des forces de maintien de l'ordre".

Les autorités américaines n'ont pas précisé comment elles étaient parvenues à confirmer le décès du combattant islamiste, mais dans des cas précédents les services de renseignements avaient employé des tests ADN et des informations glanées par des écoutes.

Godane était au sein des insurgés l'un des partisans les plus radicaux du "jihad mondial", contre les partisans d'une idéologie "nationaliste" somalienne.

Sa mort est un coup très dur pour les shebab, affaiblis par des rivalités internes et une série de défaites militaires ces dernières années.

D'autant que Godane n'a désigné aucun successeur, comme l'a souligné Matthew Olsen, directeur du Centre américain national antiterroriste.

"Il s'est débarrassé de tous ses rivaux de façon très efficace", a expliqué vendredi M. Olsen à des journalistes.

Il y a néanmoins "plusieurs candidats potentiels" à la succession de Godane, a-t-il ajouté, jugeant essentiel de "maintenir la pression" sur le groupe.

Pour le président somalien Hassan Cheikh Mohamoud, cette mort offre "aux membres des shebab une chance d'embrasser la paix".

Remerciant Washington et les forces de sécurité somaliennes, il a proposé "une amnistie à tous les shebab qui rejettent la violence et renoncent à leurs liens avec les shebab et avec Al-Qaïda - mais seulement durant les 45 prochains jours".

"Ceux qui choisiront de poursuivre la lutte connaissent leur sort.Les shebab s'effondrent", a-t-il martelé.

Depuis 2011, les shebab ont été chassés de Mogadiscio, puis de l'essentiel de leurs bastions du Sud et du Centre, mais tiennent toujours de vates zones rurales, et ont abandonné le combat conventionnel pour la guérilla.

Les forces somaliennes et l'Amisom ont lancé il y a quelques jours une nouvelle offensive baptisée "Océan Indien", qui leur a permis de reprendre la localité de Bulomarer (160 km à l'ouest de la capitale).

L'un de leurs objectifs est maintenant Barawe, dernier grand port aux mains des shebab, afin de tarir l'une de leurs principales sources de revenus: les exportations de charbon vers les pays du Golfe.